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 "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor

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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Mar 1 Nov - 17:12

Pumpkin Man a écrit:
tu as pris un epu de ratard par rapport a the-manor mais cest pas grave cet tellemnt bien de le relir

Aah ? Pourtant je poste tout le même jour ? C'est sur le forum de POTC que j'ai eu un léger décalage parce que le post ne voulait pas s'afficher. Laughing

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Mar 6 Déc - 20:25

Chapitre XVII


Lentement, l’ombre s’allongeait sous la faible lueur d’une lampe torche dans les corridors du Silverspur Steakhouse, se déployait tandis que résonnaient des pas inquiétants, martelant le sol, décidés. Le plancher de bois craquait. L’ombre en même temps dessinait une sombre auréole sur les portes des chambres devant lesquelles passaient les pas. La marche ralentit soudain, la lampe fut dirigée vers l’une des portes pour en éclairer le numéro gravé dans une plaque de forme ovale. Une main apparut alors dans le faisceau lumineux, se posa sur la poignée plutôt que de toquer, hésita et se retira enfin. Ce n’était pas la bonne porte. Les pas poursuivirent leurs pérégrinations dans les sombres corridors de l’hôtel.

A présent, la lampe torche s’élevait haut sur les murs, semblant parfois lécher la tapisserie aux motifs floraux qui les couvraient mais ne passant en réalité jamais aussi près comme s’il se fut agis d’une torche qui eut pu brûler par la morsure de son baiser. La fée électricité pouvait sans risque enlacer la cloison mais elle était, entre les mains de celui qui la tenait, comme un flambeau, tel le flambeau de la Columbia tendu au bout du bras de sa dame. L’ombre ayant en sa main la lumière s’arrêta enfin devant un numéro, le numéro qu’elle cherchait. Une main d’homme parut alors dans son rayon. Trois coups furent frappés.

Derrière la porte, nul ne bougeait. La main toqua encore plusieurs fois. Cela avait été d’abord lento, puis allegro enfin presto. L’homme s’agaçait à présent, estimant que l’occupant de la chambre avait eu le temps de se réveiller. Il se mit à frapper du plat de la main jusqu’à ce que le visage ensommeillé de Henry Fonda lui apparaisse.
- Je cherche Rita, dit simplement l’homme.

Le tapage avait attirée l’occupante de la chambre voisine. Ava, en peignoir jaune, faisait preuve de curiosité. Les autres clients, installés à cet étage, n’avaient pas entendu ou bien faisaient-ils semblant, l’actrice ne le savait pas mais lorsqu’elle vit l’auteur du tapage elle fut contente que seuls Henry et elle soient éveillés.
- Glenn Ford !
Sans attendre la moindre réponse de la part l’intéressé, elle le prit par le bras et le fit entrer dans la chambre de Henry, bousculant au passage ce dernier. Plusieurs fois partenaire de Rita pour la gloire de la Columbia et le bonheur du public, Glenn pouvait se vanter d’être l’un de ses amis les plus dévoués. Comme tant d’autres, il était tombé amoureux d’elle sur le tournage de « Gilda », bien que la connaissant déjà, mais il avait accepté qu’il n’y ait rien entre eux qui s’appelle un amour autrement que fraternel. Le meilleur ami de l’actrice, pourrait-on dire, peut-être son seul ami. Désintéressé, dévoué et fidèle, le premier à s’être manifesté lorsqu’elle revint en Amérique, brisée par son mariage avec le Prince. Il était là pour la soutenir et l’écouter. Il n’avait plus dans l’idée de la séduire. Seulement être son ami. Son ange gardien. Il ne voyait pas d’un bon œil sa liaison avec Tyrone mais celle-ci persistait même après les années aussi ne tentait-il jamais de lui en faire reproche. Il n’avait jamais fait allusion à Rosetta en lui faisant voir qu’elle était certainement malheureuse de ce ménage à trois. Il ne disait rien de cela par honnêteté car lui-même avait voulu séduire Rita en dépit d’Eleanor, son épouse qu’il aimait, et d’un fils qui n’avait pas encore un an au moment du tournage de « Gilda ». Aah, « Gilda » ! Le public avait identifié les deux acteurs à leur personnage respectif. « Les hommes s’endorment avec Gilda et se réveillent avec moi ! » disait Rita. Glenn, lui, ne s’attendait pas à ce que son Johnny Farrel soit l’objet de tant d’amour et de passion de la part des Américaines.

Tandis que Henry frottait ses yeux encore gonflés de sommeil, Ava se tenait juché sur le bras de son fauteuil, une cigarette à la main. Elle regardait Glenn tourner en rond dans la chambre, lui jeter parfois un regard las. Elle-même pensive, toujours dans son peignoir jaune, soufflant des volutes de fumée tout autour d’elle, l’actrice n’avait plus rien dit depuis que la porte de la chambre s’était refermée. Personne n’avait rien dit.
- Je cherche Rita ! répéta Glenn.
Ce fut Henry qui répondit, alors qu’Ava était perdue dans sa contemplation.
- Pourquoi la cherches-tu ? Elle n’a pas dit qu’elle t’avait invité sur le tournage et je ne crois pas que tu sois l’ami d’Orson, il n’a donc pas pu te demander de faire son entremetteur. D’ailleurs il n’a pas d’amis.
- Je la cherche parce qu’avant de venir ici elle allait mal. J’aurais préféré qu’elle tourne aux studios, mais elle a voulu partir pour faire ce film. Je ne suis pas venu la chercher, mais seulement la voir, lui rendre visite.
- Bon, alors tu es allé voir à sa chambre ? Comme tu vois, l’homme qui essaie de dormir dans mon lit est un membre de l’équipe technique. Nous avons eu un incendie, la foudre est tombée. Elle a donc du partager elle aussi.
Glenn suivit le regard de Henry et vit effectivement un homme enroulé sous les couvertures.
- Bah, nous le gênons, alors, entre la lumière, la fumée et nos discussions, nous ferions mieux de sortir !
Henry n’y avait pas pensé. Il lui montrait l’homme tranquillement comme s’il parlait lui aussi de la pluie et du beau temps en pleine nuit, sans voir l’importunité de la situation. Lorsqu’il s’en rendit compte, il se confondit en excuses puis fit sortir Ava et Glenn, laissant enfin le technicien dormir en paix.

Tous trois dans le couloir, Glenn entreprit de parler à voix basse pour ne pas causer plus de désagréments.
- Rita n’est pas dans sa chambre.
- ET SI…
Ava avait parlé haut.
- Chûûût !! fit Glenn, un doigt sur la bouche.
Main aussi sur la bouche, Ava rougit comme une enfant prise en faute.
- Et si Rita était allée se promener ? Je sais qu’il pleut, mais…
- Je sais où elle est…
Tous trois sursautèrent comme surpris en train de comploter et se retournèrent aussitôt. Helen était adossée à la porte de sa chambre, bras croisés sur sa robe de chambre.
- Je sais où elle est… Elle est partie dormir dans le manoir…

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Mar 6 Déc - 20:26

Chapitre XVIII


Clark riait de ce qu’il appelait « sa petite plaisanterie. » Imiter la voix d’Orson était l’un de ses plaisirs mais il ne le faisait d’ordinaire qu’en secret de peur de se trahir un jour et d’oublier qu’il ne valait mieux pas se livrer à sa petite plaisanterie en présence de Rita. Chacun sait combien la moquerie est entreprise risquée, l’on peut un jour laisser échapper les surnoms ou mots que l’on ne devrait point dire devant certaines personnes. Clark aimait donc se moquer d’Orson, mais le faire en présence de l’intéressé serait suicidaire, le faire devant Rita guère mieux et devant quelqu’un d’autre, la chose peut toujours être rapportée. Il était cependant convaincu qu’il ne risquait rien avec Mrs Power. Elle avait même tout intérêt à ce que Rita soit bien avec Clark si cela permettait un jour de la détacher de son époux.
- J’aime bien ma voix grave ! dit-il en riant.
Rosetta lui sourit.
- Je dois avouer qu’elle peut-être chaleureuse, mais aussi terriblement inquiétante. Vous m’avez effrayée, tout à l’heure ! On aurait dit… On aurait dit…
Rosetta réfléchissait, ne parvenant pas à qualifier exactement l’impression que cela lui avait fait.
- On aurait dit l’une de ces émissions de radio… Vous savez ? CBS. Comme lorsque Mr Welles raconte des histoires !

Clark ne songeait plus à vanter sa voix grave – il aurait pu tout aussi bien dire « J’aime bien ma moustache ! » - non, curieusement, il pensait à Orson. Au lieu d’entrer dans le manoir, il restait dans l’entrebâillement de la porte, Rosetta sur ses talons, à regarder Thunder Mesa endormie au pied du monticule, par-delà la balustrade de bois. Orson… Parce que les premières images de « Citizen Kane » avaient donné à Clark l’impression de regarder un film d’horreur ? Il est vrai que le générique aurait pu servir pour un film avec Bela Lugosi ou Boris Karloff. Le plan dévoilant le fabuleux palais de Xanadu, avec sa musique inquiétante, pouvait faire songer au manoir des Ravenswoods. Non, c’était Rita, encore Rita qui occupait ses pensées. Malgré sa liaison avec Tyrone, malgré un nouveau mariage, malgré… Clark, la plus grande place de son cœur était dédiée à Orson. En dépit des relations tumultueuses que son premier époux avait entretenu avec elle, il était le seul qui comptât vraiment. Tyrone en était loin, bien qu’elle n’en fut point consciente, sincère lorsqu’elle lui disait que lui seul était aimé d’elle. On ne pouvait oublier Orson. Rien, ni son caractère épouvantable, colérique, cassant tout ce qui lui passait sous la main à la moindre contrariété, odieux au point d’avoir pour ennemi la moitié du globe en attendant l’autre, sa maniaquerie, son infidélité chronique et bien connu, connu pour avoir fait sa campagne électorale aussi bien dans les alcôves que dans les lieux plus appropriés lorsqu’il voulut habiter la Maison Blanche, rien, donc, ne pouvait détacher Rita de lui. Divorcés, à nouveau ensemble, leur vie était un chassé-croisé au cours duquel ils se retrouvaient et se séparaient encore. Clark savait que s’il pouvait espérer prendre un jour la place de Tyrone, il ne pourrait lutter contre l’emprise du génie wellesien. Cependant, il était prêt à se contenter des miettes qu’elle lui donnerait. Sa déesse.

Une petite main passa soudain devant les yeux de Clark. Il découvrit Rosetta, tendue sur la pointe des pieds, agiter ses doigts devant lui pour attirer son attention. Elle le faisait avec effort, être sur la pointe des pieds n’y suffisait pas tout à fait pour elle.
- Clark ? Vous ne m’avez pas répondu…
- Parson ? Vous disiez ?
- Pourquoi n’entrons-nous pas ? Vous avez ouvert la porte sans difficultés, nous sommes à demi dans l’entrée du manoir, à demi dehors.
- Oui, vous avez raison, nous allons…
Des ombres furtives, parcourant les jardins à la lueur de lampes torches, apparurent alors. Ni l’un ni l’autre ne les avaient encore remarquées.
- Vous croyez que ce sont… des fantômes ?
Rosetta, effrayée, s’agrippait au bras de l’acteur.
- Eh bien, dans un certain sens…
Des voix, les ombres parlaient ! Assez fort, étant certaines d’être seules.
- La voix de Henry ! s’écria Clark.
Les ombres l’entendirent puisqu’elles se turent immédiatement. On entendit alors courir puis le même bruit de pas précipités sur les planches de bois et… Henry, Ava et Glenn furent devant eux.

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Mar 6 Déc - 20:28

Chapitre XIX


De voir tout ce monde – ils étaient cinq à présent, rassurait Rosetta. Leur aide pour retrouver Tyrone et Rita était bénie.
- Bonsoir, Rosetta !
Une voix que la jeune femme aimait à entendre bien qu’elle n’en eut que peu l’occasion…
- Glenn !
Elle rougit légèrement et dissimula son léger trouble par un éclat de rire. Par chance, Ava vint à son secours. L’actrice avait bien compris que Mrs Power n’était pas insensible au charme de Glenn et qu’elle faisait tout pour le cacher.
- Ce sont nos tenues qui vous font rire, bien sûr ! Vous êtes habillée, mais moi j’ai un manteau sur mon peignoir jaune, Henry, la même chose sur son pyjama, Glenn… Ah non, Glenn est impeccable, manteau sous lequel je distingue ce qui ressemble à un costume rayé. Quant à Clark…

Le visage jusque là imperturbable de Ava se contorsionna en une multitude de petite grimaces. Spectacle curieux qui attirait l’attention des trois hommes et de Rosetta. Enfin, le fou rire contenu avec effort éclata.
- HA HA HA HA !!!!!!!!!!!!
- Tu as perdu la tête ? Je te fais rire ?
C’était pourtant une évidence et Clark n’avait pas besoin de poser la question. Le faire renforça l’hilarité de la jeune femme.
- HA HA HA HA !!!!!!!!!!!! Tu as un trench-coat mais je vois bien que c’est un pantalon de pyjama qui dépasse ! Clark en pyjama ! C’est encore plus drôle qu’Henry ! Ça me rappelle cette histoire que Don Ameche m’a raconté, d’une fois où il s’est retrouvé sur le palier, dans un hôtel, alors que des gens sortaient d’un ascenseur. Il s’était fait mettre à la porte de sa chambre, et…
L’hilarité était générale. Vexé, Clark s’en pris à Glenn qu’il n’aimait pas, jaloux d’avoir constaté plusieurs fois que Rita parlait toujours de lui lorsqu’il était question d’amitié.
- Qu’est-ce que tu as à rire, toi ?
Glenn jugea préférable d’en rester là.
- Et si nous entrions ? Nous sommes bien venus pour cela, non ?
Il ne jugea pas utile d’expliquer qu’il était à Thunder Mesa pour voir Rita, il jugeait au regard de Clark que celui-ci avait très bien compris. Quant à Mrs Power, elle avait l’air si émerveillée de le voir qu’elle n’en demandait nulle explication.

L’idée de Glenn était la bonne. Il ne servait à rien de passer la nuit dans l’entrebâillement de la porte du manoir. Cela avait eu, cependant, le mérite de mettre Rosetta plus à l’aise. Ils avaient ri et on en avait oublié combien le manoir était sinistre et combien sa vétusté pouvait être dangereuse.
- Soyons prudent, dit-elle quand même.
- Nous marcherons sur des œufs, la rassura Glenn.
- Sur la pointe des pieds, comme les domestiques chez Orson pendant que Monsieur se repose ou réfléchit ! s’écria triomphalement Clark, avant de regretter ce qu’il venait de dire.
« Mon vieux, tu as de la chance que Rita n’ait pas entendu ! Attention à la prochaine fois ! » s’admonesta-t-il pour lui-même. Il s’offrit cependant le luxe d’une nouvelle imitation à la Welles, rendant sa voix démesurée, jouant sur les tremolos :

« Allez, ne vous faites pas prier, entrez, qu’attendez-vous donc ? N’ayez pas peur, au point où vous en êtes… »

Ils entrèrent donc. Henry referma derrière lui la porte du manoir :
- Alea jacta est !

Clark s’amusait beaucoup à jouer les guides. « Je peux faire aussi bien que le joufflu à la radio, moi ! », pensait-il en exhibant ses dents dans un sourire qui eut pour effet de tendre les deux bouts de sa moustache.

« Montrez-vous en pleine lumière, que je vous voie un peu ! … Ha ha ha ha, gniark-gniark-gniark ! … Vous n’avez rien à craindre, chers amis. Allez, entrez, j’ai tellement de choses à vous faire découvrir ! »

Il n’entendit pas Glenn marmonner « C’est pas bientôt fini de jouer au fantôme, Gable ? » En revanche, Henry attira leur attention à tous sur un portrait en médaillon suspendu dans l'un des angles de la petite pièce...

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Mar 6 Déc - 21:14

cool merci super
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Mer 7 Déc - 20:12

Chapitre XX


Rosetta évoluait, fascinée, dans la petite pièce. Bien que couverte de toiles d’araignées dont elle n’aurait supporté d’entrevoir l’ombre de l’une d’entre elles, le foyer était joli, les boiseries ne semblaient pas vermoulues. Des rideaux, qui avaient dû être immaculés du temps des Ravenswoods, ornaient les fenêtres et flottaient doucement, sans doute à cause du vent qui s’était engouffré dans la pièce au moment où Clark ouvrit la porte. Le mobilier faisait défaut. Seule une cheminée et un lustre de cristal servaient d’ornement, à l’exclusion des belles boiseries de bois sombre qui contrastaient avec la partie supérieure des murs, tendus de rose.

En dépit de cette nudité, de ce sobre dépouillement surprenant quant à la splendeur des Ravenswoods, le foyer offrait bien plus qu’une petite pièce ayant pour fonction d’être l’entrée du manoir, d’accueillir tout visiteur. Une atmosphère intime émanait de ce cadre victorien et le manoir en eut paru chaleureux si l’on occultait l’inquiétante façade et la légende qui donnait naissance à « Bloody Rose ». Ces réflexions, que Rosetta se faisait en regard de la singulière attirance qu’exerçait sur elle ce lieu faussement enchanteur, trouvèrent vite une apparence plus rationnelle : c’était une entrée, un hall, ce n’était point là que l’on trouverait le splendide mobilier que l’on était en droit d’attendre dans une demeure de cette distinction. Ce devait être le domaine du majordome. La jeune femme imaginait un homme grand et maigre, tout en raideur et dignité dans son strict costume amidonné, portant des gants blancs et accueillant de la sorte les relations des Ravenswoods.

Si Rosetta avait levé les yeux vers le lustre de cristal, elle avait omis de scruter les angles du beau plafond. C’était pourtant là que trônait, majestueux et fier, l’unique témoin des occupants du manoir. Henry l’avait remarqué, à la différence des ses amis, car il s’était tout de suite avancé vers le fond de la pièce, en quête d’une porte qui leur permettrait à tous de poursuivre leur découverte des lieux puisque ni Tyrone ni Rita n’était dans le foyer.
- Regardez… Vous pensez qu’il s’agit de Mélanie Ravenswood ?
Tous s’approchèrent, suivant le regard de l’acteur. Niché dans l’angle gauche du foyer, entre le plafond ouvragé et les murs tendus de rose, le portrait d’une femme semblait les observer de quelque côté qu’ils furent. Le cadre était joli, de forme ovale ; c’était un portrait en médaillon. La mince épaisseur de verre qui le protégeait était piquée de noir, assombrie, des toiles d’araignées y étaient accrochées mais le regard pénétrant de la jeune femme perçait les ténèbres et fixait les visiteurs improvisés.
- C’est… C’est Rita… s’écria Rosetta, rompant l’étrange silence quasi religieux qu’observaient ses compagnons depuis la découverte du portrait.

L’intervention de Mrs Power eut pour effet saisissant de paraître tirer d’hypnose Henry, Glenn, Clark et Ava. Rosetta fut prise au sérieux pour la première fois sur le chapitre des ressemblances, elle qui d’ordinaire en voyait où il n’y avait pas lieu d’être et n’en aurait point vu en présence de jumeaux. Il lui était arrivé, par le passé, de croire reconnaître quelqu’un qui était un inconnu mais de ne pas reconnaître une personne pour laquelle elle aurait dû. Cela lui avait attiré de petits soucis ; connaissances vexées, « Kiiiiiiiiiii » au contraire lorsqu’elle se rendait compte qu’elle s’adressait à un inconnu. Or, donc, ses compagnons, qui savaient d’elle tout cela pour en avoir été « victime » parfois et notamment Clark que Rosetta avait un jour appelé « Don Ameche », se mirent à partager le même avis. C’était à qui reconnaîtrait le plus les traits de Rita. Clark parla des lèvres charnues, Glenn des yeux magnifiques et Henry de l’opulente chevelure auburn. Ava était d’accord sur chaque indice : c’était Rita, ou plus exactement un sosie de Rita.
- C’est amusant, elle porte un médaillon autour du cou et son portrait est lui-même en forme de médaillon ! commenta Clark.
Bon public, Rosetta rit doucement, se doutant que cela lui ferait plaisir.

La dame du portrait avait un joli visage, un doux ovale harmonieux qui pouvait expliquer le choix de l’ornement d’acajou qu’était son écrin. Le teint sans doute laiteux était assombri par le passage du temps. Le charmant minois était encadré d’anglaises auburn. Mais plus que la beauté du modèle, que l’on retrouvait en Rita, ce furent sur les yeux que chacun posa son regard. Ils ressortaient admirablement bien et paraissaient animés bien que tout profondeur de champ fasse défaut sur un tel portrait en une dimension. Doucement, perdu elle aussi, comme les messieurs dans la contemplation de la dame, ainsi que Rosetta, Ava se mit à fredonner « Cheek to cheek », une chanson de Fred Astaire qui ne provenait cependant pas de l’un des films qu’il avait tourné avec Rita. « Joues contre joues » lui était venue face aux pommettes roses que l’on distinguait par miracle sous la poussière et l’usure, pommettes de peinture. Le foyer, changé en sanctuaire l’espace des quelques minutes que dura la contemplation, le souffle coupé, de l’idole nouvelle, de l’icône aux anglaises auburn, revint à l’instant présent par le timbre de voix de Ava. Une fois de plus, chacun parut tiré d’une singulière hypnose.

Mrs Power quitta l’emprise du portrait en même que Ava, alors que les trois acteurs restaient fascinés.
- Nous devrions continuer, choisir l’une des deux portes que nous voyons là. Nous devons retrouver mon mari et Rita !
Ils se retournèrent enfin, un peu hébétés.
- La voix de la raison ! s’écria enfin Glenn.
Comme il disait cela, il s’avançait vers le mur de gauche. Les boiseries révélaient la silhouette d’une porte et semblable motif ornait le mur du fond de sorte de former un angle droit avec le portrait qui les toisait de sa hauteur.
- Deux portes, laquelle choisir ? demanda Glenn.
- Prenons celle-ci, puisque tu y es ! fut la réponse de Clark.
La porte, fondue dans les boiseries telle un décor de théâtre, s’ouvrit assez facilement. Elle n’avait point été franchie depuis fort longtemps, mais Rita puis Tyrone étaient passés. Pourtant, il eut été naturel de s’interroger sur la manière dont avait pu s’y prendre l’actrice pour ouvrir le panneau de bois, de toute évidence gonflé par le temps. Il donnait à penser qu’il était de fabrication récente. Non pour le style et la manière, mais pour l’excellence de son état quand bien même le manoir était laissé à l’abandon.
- Quelle porte étonnante ! C’est un panneau de bois qui coulisse ! s’exclama Glenn.
- On dirait que notre ami Ravenswood voulait que sa maison ait l’air bien fermée ! renchérit Clark.
Le mécanisme était ingénieux. La splendeur des Ravenswoods avait permit un équipement fait de rouages et d’engrenages et l’on ne serait étonné si l’on découvrait plus loin des structures faites de verrières et d’armatures pour soutenir la majesté du bois.

Rosetta et les quatre acteurs passèrent dans un petit salon et prirent soin de refermer la porte derrière eux…

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Comtesse Rosetta
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Ven 9 Déc - 2:10

Chapitre XXI


Par réflexe, Glenn passa la main sur le mur une fois la porte franchie et chercha à tâtons le bouton magique qui permettrait que lumière se fasse, que la pièce soit éclairée de bien meilleure manière que par de simples faisceaux de lampes torches. Il se rendit compte de son erreur aussitôt.
- J’oublie que ce manoir ne peut pas avoir le confort électrique !
- Et pourquoi pas ? questionna Ava. Mr King nous a dit que la scène du Lucky Nugget saloon avait été équipée très tôt !
- Ah oui, euh, bon… Je ne sais plus si cela aurait été possible au moment de l’abandon du manoir même en y mettant le prix, je n’en sais rien, je ne sais même plus en quelle année il est supposé avoir été abandonné ! Mais peu importe, il n’y a pas l’électricité, en tout cas ! Voyons un peu ce qui nous entoure. Après tout, tout à l’heure nous avons pu voir le portrait en médaillon alors que la pièce était plongée dans le noir ! Elles ne sont pas mal du tout, ces p’tites lampes ! conclue Glenn en agitant la sienne sous le nez de ses compagnons.

C’était un salon hexagonal composé de panneaux de bois identiques à ceux du foyer mais, au lieu d’être tendus de rose, les murs étaient recouverts d’une tapisserie bleue et blanche, un motif de rayures. Rayures bleues du fond blanc ou rayures blanches sur fond bleu, voilà qui aurait prêté à pari s’il y avait un moyen quelconque de prouver ses dires. En l’absence de l’artisan qui avait posé les tapisseries, il fallait bien se résoudre à ne plus y penser. L’ensemble, comme le foyer, était dépourvu de mobilier : avait-on tout emporté ? Henry en déduisit que ce n’était sans doute qu’un salon pour accéder aux autres pièces, ou plutôt une antichambre. Les lampes portées à bout de bras révélèrent un haut plafond, peut-être à caissons mais rien n’était moins sûr. Il avait dû être blanc, ivoire peut-être. Il était recouvert d’une épaisse couche de poussière et de toiles d’araignées. Un peu plus bas en faisant descendre le faisceau lumineux du plafond, à chaque angle, étaient des gargouilles sculptées, portant chacune deux bougies. Ces chandeliers sombres, ricanants et effrayants n’étaient pas de ceux auxquels les quatre acteurs et Mrs Power étaient habitués.
- C’est très romantique ! commenta ironiquement Ava.
- Ils me font peur…frissonna Rosetta.
- J’espère que Ty n’aura jamais le mauvais goût d’en poser un comme ça sur la table pour un dîner avec toi ! C’est idéal pour couper l’appétit ! Regardez tous, avec les oreilles pointues et le sourire bizarre ! Beurk, j’aime pas !

Les portraits avaient immédiatement attiré les regards, tandis que les lampes balayaient la pièce dans tout son volume, projetant sans le vouloir des ombres qui s’entrecroisaient, inquiétantes, déformant l’ombre des gargouilles. Un salon hexagonal, une antichambre… une galerie de portraits ! De part et d’autre des chandeliers, chaque mur soutenait un tableau, délicate peinture aux tons qui avaient dû être doux et lumineux, à présent assombris sans toutefois, et cela en était étrange, perdre de sa douceur. Cela contrastait violemment avec l’impression de malaise que donnaient les chandeliers en forme de gargouilles. D’une manière quasi instinctive, les lampes torches se braquèrent sur le tableau qui leur faisait face. Clark avait exercé de nombreux métiers avant de faire ses débuts à Hollywood, il avait même était vendeur de cravates, mais la profession de « guide-à-la-Orson-avec-un-soupçon-de-Mr-Loyale » semblait beaucoup lui plaire depuis qu’il escortait Rosetta :

« Notre visite commence ici dans cette galerie où vous pouvez admirer la douceur et l'innocence de la jeunesse. »

Le premier portrait représentait une jeune fille vêtue de couleur lilas et bleue, une ombrelle orangée entre les mains. Elle était assise dans ce que l’on devinait être une barque, dans un décor évoquant les bayous, chose surprenante dans les terres arides de Thunder Mesa.
- Nous sommes loin des bayous, pourtant ! commenta l’ex Rhett Butler.
La jeune fille avait l’air sereine, le portrait était très beau. Les traits du visage, les anglaises de cheveux auburn, il ne pouvait y avoir de doute : la jeune fille du médaillon, le sosie de Rita. Seuls ses yeux étaient légèrement différents, ils n’avaient pas le même éclat magnétique. Les lampes passèrent au second portrait.

- Encore la même jeune fille ! s’écria Henry.
Elle était, cette fois, vêtue de rose, de blanc et semblait se baigner dans un cours d’eau. Le tableau ne révélait ni ses jambes si ses pieds, mais la perspective faisait voir derrière elle le lit d’une rivière et sa posture légèrement inclinée, ses mains posées sur la jupe donnaient à penser qu’elle retenait sa robe tandis que ses pieds nus étaient dans l’eau. A l’arrière plan, une demeure se dressait dans un coin. Elle rappelait la silhouette du manoir.
- Je suis sûr que c’est Mélanie Ravenswood, le rôle qu’on a donné à Rita ! reprit Henry.

C’était bien chose probable, d’autant que la jeune fille apparut une troisième fois, sur le portrait suivant. Elle était cette fois dans un jardin, devant un massif de roses rouges magnifiques. Bustier rouge, manches blanches, jupe bleue, un chapeau de paille orné d’un ruban rouge, une rose à la main, panier d'osier à l'autre. A l’arrière plan, de manière nette le gazebo et le garden pavilion où Rosetta avait été attirée par une fontaine dont la statue était couverte de mousse.
- Plus de doute ! conclut Henry.

Le quatrième portrait était le plus étonnant. La jeune fille n’y était pas seule. Un moustachu, dans une tenue de cowboy, était assis près d’elle. Il jouait de la guitare tandis qu’elle le contemplait amoureusement. Elle était vêtue de bleu pâle et de blanc. Le manoir n’apparaissait nulle part. La prairie était le décor d’un pique-nique que l’on devinait aisément à la nappe à carreaux rouges et bancs sur laquelle ils étaient assis.
- Mais… on dirait moi !! s’exclama Clark. D’ailleurs, il y a une scène de pique-nique dans le script de « Bloody Rose » ! Il y a un salon aux portraits ! Je me souviens avoir dit à Ty que Rita et moi nous tournerons cette scène aux studios parce que nous sommes l’hiver et qu’il faut être au printemps et que d’ici là nous aurons quitté Thunder Mesa ! Je sais ce qui va se passer, la nappe a l’air toute jolie, comme ça, mais en réalité elle est envahie par des insectes et des reptiles, c’est dégoûtant ! Et il y a aussi des choses qui apparaissent subitement sur tous les autres tableaux !
Glenn se mit à rire.
- Voyons, ce n’est qu’un portrait ! Le reste, c’est inventé par un scénariste pour les besoins du film. La seule chose, c’est que quelqu’un ici connaît l’intérieur du manoir, en a parlé, a peut-être écrit je ne sais quoi, des mémoires, et dedans on a décrit le fiancé de Mélanie d’après ce portrait, puisqu’il s’agit sans doute de lui, et toi on t’a engagé parce qu’il y a une ressemblance physique. Je ne trouve pas qu’elle soit si frappante, d’ailleurs, moi…
Ava et Henry se mirent à rire à leur tour, surtout lorsque Glenn se saisit de l’occasion pour se moquer de Clark, en prenant une voix chevrotante :
- Aââlôôôôrrrrrs, Mr Gâââble, on a peur des vilaîîîns portraîîîîts ?

Sans y prêter attention, la lampe dans la main de Henry, hilare, passa sur le mur suivant, celui de la jeune fille à la barque. Un cri strident de Rosetta les fit tous lever les yeux. De saisissement, les rires se turent et un silence flacé les remplaça. Le tableau semblait s’être allongé. Ils comprirent qu’ils n’avaient pas vu toute la scène, ils comprirent que la barque se dirigeait droit sur une chute d’eau, une cascade à la profondeur infinie dans laquelle la jeune fille au visage si serein s’apprêtait à basculer sans en avoir conscience…

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Mar 13 Déc - 21:09

pour quoi tu ne publirai pas se livre car franchement c'est trop bien
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Mer 14 Déc - 17:41

Merci ! ^^


Chapitre XXII


Tremblant comme une feuille, Rosetta n’osait pas regarder les autres portraits, comme s’il était évident pour elle que tous avaient changé. Les lampes demeuraient braquées sur le premier portrait, la jeune fille à la barque qu’il convenait maintenant de nommer « la jeune fille et la cascade », chacun refusant de croire à ce qu’il voyait. Comment pourrait-il en être autrement ! Comment estimer rationnel un tel phénomène ! Une peinture ne peut changer d’image ainsi !
- C’est peut-être un phénomène optique ? hasarda Henry. Il y a forcément une explication ! Un trucage, comme un cinéma ! Vous êtes sûrs que Mr King n’a pas fait aménager le manoir par les décorateurs du tournage ? On se croirait sur un plateau, il ne manque que les projecteurs, quelqu’un pour crier « Action ! » et des tas de personnes pour nous scruter quand il y a un baiser !
La nervosité de sa voix ne laissait cependant aucun doute, de même que celle de Clark qui lui répondit.
- Non. Toutes les scènes intérieures seront tournées en studios. Le manoir a été déclaré vétuste, il nous était interdit d’y entrer.
- Si nous ne sommes pas dans un décor de cinéma, alors…. ? Dans un train fantôme, je comprendrai ! Chez Orson, je comprendrai, je le vois bien installer chez lui de faux tableaux maudits faits par des trucages de cinéma, pour faire peur aux téméraires qui auraient encore l’idée d’aller chez lui ! Mais là…
- Tu as parlé de train fantôme, Henry, mais l’histoire de « Bloody Rose », qu’est-ce que c’est sinon une histoire de fantôme ?

Les deux acteurs se retournèrent brusquement, entendant gémir derrière eux. C’était Rosetta. Afin de ne pas troubler davantage encore les dames, Clark décida d’endosser à nouveau le rôle de pseudo guide du manoir.
- Hum, hum, allô, ici Orson Welles ! Je vais vous expliquer de que nous faisons dans cette pièce où je vous ai laissés au cours de l’épisode précédent !

« Hélas ! Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent… Les murs de cette pièce, par exemple, ne s’allongeraient-ils pas, par hasard ? »

Guère plus rassurée, Rosetta songeait davantage à l’effrayante découverte qu’à l’idée d’une promenade chez Orson si jamais celui-ci avait un jour l’idée de transformer en attraction sa demeure de Carmelina Drive, où il vivait avant de s’expatrier en Europe.
- Je… Je suis sûre qu’ils ont aussi changé…
Elle parlait naturellement des autres portraits et imaginait déjà leur ombre devenue menaçante s’allonger et dévoiler quelque autre « accident » survenant à la jeune fille. Elle voulait voir autant qu’elle le redoutait, elle posa la main sur le bras de Glenn, celui qui de tous se tenait le plus proche d’elle, pour qu’il incline le faisceau de sa lampe en direction du second tableau, celui de la jeune fille à la baignade. Désormais, une créature marine faisait son apparition à ses pieds sans qu’elle se rende compte, une fois encore, du danger. Une patte gigantesque, couverte d’écailles et de griffes, s’avançait et allait d’un instant à l’autre saisir les délicates chevilles pour précipiter la jeune fille avec elle dans les abysses infernales.

Ainsi, de tableau en tableau, dans un silence glacé à peine animé par les gémissements lancinants d’une Mrs Power terrorisée, les quatre acteurs découvraient avec horreur que le peintre avait souhaité dans chacune de ses toiles que la probable Mélanie Ravenswood subisse un mauvais sort. Lorsqu’elle cueillait des roses, un squelette sortait des entrailles du massif. Lorsqu’elle pique-niquait avec son fiancé, des fourmis envahissaient la nappe à carreaux rouges et blancs, accompagnés d’un serpent de bonne taille et d’une grosse araignée. Cette dernière vision fut de trop pour Rosetta qui poussa un cri strident et cacha ses yeux entre ses mains, la tête rentrée dans les épaules, le dos en boule, comme pour échapper à ce cauchemar par le simple fait de se recroqueviller. Les lampes s’éteignirent alors, le salon était plongé dans la plus grande obscurité. Un cri de Mrs Power à nouveau, accompagné cette fois de sanglots, le cliquetis des doigts sur le bouton des lampes. Elles ne fonctionnaient plus.

Clark se souvint des chandeliers en forme de gargouille. Ils portaient encore des bougies, deux à chaque fois, ce qui en faisaient huit en tout.
- J’ai des allumettes dans la poche de mon trench, je vais allumer les bougies ! Il va falloir grimper un peu, par contre. Henry, tu me fais la courte échelle ? Nous allons trouver les angles des murs à tâtons. Oooh, pourvu que nous évitions de toucher ces horreurs de tableaux !
Sans perdre une minute, les deux hommes mirent cette idée à exécution. Ils ne savaient pas par quel tour de magie - magie noire probablement – les portraits avaient pu se transformer à moins que le manoir soit habité par un passionné des trucages du septième art, mais ils préféraient d’abord que la lumière soit avant de s’interroger sur ce phénomène. De petits bruits comiques se firent entendre, le « toc ! » de Clark se cognant dans le noir contre un mur, le « aïe ! » qui s’en suivit, les grognements de Henry lorsqu’il dut supporter le poids de son amis sur ses épaules.
- Pourquoi ils sont si haut, ces fichus chandeliers ?
Il fallut recommencer trois fois l’opération ; Henry aurait été bien en peine de porter Clark sur ses épaules de mur en mur. Enfin, le salon se trouva à nouveau éclairé d’une lueur plus blafarde encore.
- Fiat lux ! conclue Henry, triomphant, tandis que Clark descendait enfin de sur son dos.

Les portraits parurent tels que leur auteur l’avait voulu, l’ombre de chaque flamme semblant lécher les pans de peinture, les consumer non pour rendre les teintes plus chaudes, plus accueillantes, mais pour souligner tout à la fois la noirceur et le feu rougeoyant des Enfers. Les ombres rongeaient la douceur et l’innocence de Mélanie, tandis que les flammes figuraient sa chute imminente. L’huile délicate de la peinture menaçait de s’enflammer et de brûler à chaque instant. Rosetta pleurait dans les bras de Glenn. Ce dernier, en effet, avait entrepris de la réconforter tandis que Clark et Henry s’occupaient des bougies. « Chuuut, ça va aller… Tout va bien… », avait-il répété sans relâche. La jeune se calmait peu à peu. Elle crut perdre connaissance lorsque les bougies s’éteignirent d’un coup, en proie à un souffle venu de nulle part, que chacun ressentit comme un courant d’air. L’obscurité ne dura cependant pas, à peine le temps pour Rosetta de pousser un cri déchirant. Les lampes torches fonctionnaient à nouveau. D’abord, ce fut comme si une main invisible pressait à la fois les boutons de toutes sans y parvenir vraiment : la lumière, le noir à nouveau, la lumière encore, le noir, la lumière enfin. Le salon était à nouveau comme au début, les portraits, inoffensifs et beaux.

Un petit bruit attira l’attention des quatre acteurs. Rosetta venait de perdre connaissance dans un long gémissement de terreur…

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Lun 19 Déc - 2:42

Chapitre XXIII


Immédiatement, les quatre acteurs formèrent un cercle autour de Rosetta. Elle avait glissé au sol telle une poupée de chiffon, inanimée, après avoir eu une vision terrifiante dans l’un des interstices de temps au cours duquel la lumière était revenue une fraction de seconde. Rosetta avait cru voir un pendu, le corps d’un homme se balançant au bout d’une corde accrochée au plafond du salon hexagonal. Elle n’avait pas eu le temps de se demander si cette vision avait été suscitée ou non par la lecture du script de « Bloody Rose » qui Tyrone lui avait faite. Le scénario prévoyait, en effet, la pendaison du fiancé de Mélanie dans ce même salon. Elle s’était évanouie aussitôt alors que le noir revenait puis la lumière enfin.
- Aaaah, elle est morte ? demanda Ava en ouvrant de grands yeux.
Comme les trois hommes la regardaient d’un air lourd de conséquences, elle reprit :
- Mais qui sait, dans cette maison maudite ?
- Oui, on va vérifier.
Sur ces mots, Glenn souleva Mrs Power dans ses bras et, aidé de Clark qui lui tenait les pieds, la déposa assise, adossée à l’un des murs. La lumière des lampes torches semblait tenir bond, le faisceau ne vacillait plus. Les portraits avaient à nouveau leur allure inoffensive comme si tout ce qui venait de se passer n’était qu’un mauvais rêve.

Henry faisait les cent pas.
- Il faut la faire sortir du manoir, la ramener à l’hôtel. Elle n’est pas en état de continuer. Je ne sais pas ce qu’elle a vu, mais elle a eu son lot d’émotions, qui sait ce qu’il va y avoir encore ! On devrait chercher nous-même Ty et Rita !
Tous approuvèrent. Tandis que Glenn se penchait sur Rosetta pour la faire revenir à elle, Ava se dirigea vers la porte qui donnait sur le foyer.
- Tu comptes t’y prendre comment ? questionna Clark.
Glenn hésitait entre le bouche-à-bouche et une autre technique tout aussi efficace. Il opta pour cette dernière. Il administra à Rosetta une paire de gifles sonores. Elles produisirent immédiatement leurs effets.
- Ooooh…
- Et voilà !
Derrière eux, Ava avait beau secouer le panneau de bois qui avait si aisément coulissé tout à l’heure, rien ne se produisait.
- Je ne peux pas l’ouvrir !
Une pointe de panique perçait sa voix. Clark eut envie de dire, à la manière d’Orson :
« Et comme vous pouvez le remarquer, il n'y a ni porte... ni fenêtre... Quel angoissant problème à résoudre... par où sortir ? HA HA HA HA HA HA !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! J'ai bien peur que vous soyez contraints de me suivre.»
Mais il ne le fit pas, ce n’était point le moment de plaisanter. Jouer les guides revenants était révolu, en particulier pour faire croire aux pauvres mortels que le seul chemin pour eux désormais consistait à suivre le fantôme dans son monde à la croisée des chemins. Clark, au contraire, fut le premier à se porter au secours d’Ava mais sa poigne ne lui fut d’aucune aide en vérité.
- Le panneau est coincé ! Je ne sais pas s’il a été mal fermé ou non, juste que cette bicoque a besoin de travaux.
Que le salon n’ait ni portes visibles ni fenêtres n’avait alarmé personne jusque là. Les gargouilles et les portraits concentraient toute attention sur eux.
- Il y a forcément une autre porte ! Ce manoir ne peut pas avoir deux pièces, c’est idiot ! reprit-il. Regardez, le tableau du pique-nique, par exemple ! Il est exactement comme dans le script ! Or, dans le script, il y a aussi une foule de salles, dont une salle de bal, un boudoir ! Elles sont bien quelque part !
- Peut-être, objecta Henry, mais et si ce manoir était réellement le fruit d’un esprit malade ? Si ce salon était une sorte d’oubliette pour les curieux qui auraient l’idée de s’introduire là sans connaître l’emplacement de la bonne porte qui doit sans doute relier le foyer au reste de la maison ? Rappelez-vous, dans le foyer : nous avons hésité avec le panneau de l’autre mur ! Ou tout simplement, si c’était un salon de portraits réservé à la contemplation du maître des lieux ? Pas de fenêtres, c’est plus intime ainsi ! Il y a une porte pour entrer mais aussi pour sortir, mais comme elle est coincée nous devons attendre que…
Hébétée, Rosetta écoutait Henry dire des mots comme « emmurer », « tombeau égyptien dans une pyramide » Étaient-ils… prisonniers ?
- Clark, s’il vous plait, essayez de penser au script ! supplia-t-elle. Il y a ce salon, n’est-ce pas ? Peut-on en sortir ?
- Je ne sais pas, je n’ai pas encore lu les scènes intérieures, nous les tournerons à Los Angeles en studios !
- Si nous les tournons ! précisa Henry, d’humeur « joyeuse ».
Les cœurs battaient très forts. Il fallait trouver une solution, il fallait quitter cette pièce ! Alors qu’Ava aidait Rosetta à se relever, les trois hommes se mirent à tâter chaque linteau, chaque panneau de bois dans l’espoir que l’un d’eux révèle un passage.
- Il y a toujours des passages dans les vieilles demeures, confia Rosetta à Ava d’une petite voix tremblante, sur le ton de la fausse certitude que l’on voudrait sûre.
Il fut véritablement question de suivre Clark, qu’il soit guide fantôme ou non. Ce fut lui qui trouva le moyen de s’échapper du petit salon hexagonal en déclenchant un mécanisme dans l’un des panneaux de bois. Une large ouverture se fit, de la taille d’une porte de forme carrée.
- J’ai trouvé !!
Sans s’attarder davantage, tous se faufilèrent dans le passage, n’ayant qu’une hâte, laisser le salon aux portraits à ses mystères,
- Nous retrouvons le foyer, vous croyez ? demanda Ava, Ou bien nous entrons plus avant dans le manoir ?
La question resta sans réponse quelques secondes. Il fallait d’abord s’accommoder à des lieux loin d’être familiers. Les lampes torches révélèrent un long couloir.
- Non, ce n’est plus le foyer, répondit Clark. Nous le laissons probablement derrière nous et nous entrons véritablement. Je ne suis pas fâché d’avoir quitté ce salon tant il était déplaisant avec ces… ces… ces trucages !
Il fallait bien donner le change, se rassurer, que dire d’autre ? Si ce n’était pas des trucages, qu’était-ce donc ? Nul ne pouvait le dire. Un consensus muet s’était instauré entre les acteurs : ils avaient eu affaire à des trucages. Ils ne savaient pas qui en était responsable ni pourquoi, si quelqu’un leur faisait une farce, mais il ne pouvait en être autrement.
- Les fantômes n’existent pas ! Les fantômes n’existent pas ! Les fantômes n’existent pas ! répétait Rosetta.
Clark se transforma encore en Orson, non plus pour lui comme la dernière fois mais à voix haute :

« Oh pardon, je ne voulais pas vous effrayer. Continuons la visite, il y a encore beaucoup des choses à découvrir... Alors, gardez votre sang-froid et restez groupés. Je serais navré de vous perdre… si tôt ! »

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Lun 19 Déc - 2:43

Chapitre XXIV


Un long couloir s’étendait devant les intrus, « les invités », préférait dire Clark. Avant même de pouvoir orienter en toutes directions les faisceaux des lampes, le panneau de bois que l’interprète de Rhett Butler avait trouvé se referma brutalement d’un coup sec derrière eux, juste dans le dos de Henry, sorti le dernier du salon hexagonal. L’acteur fit un bond prodigieux en entendant le « clac ! » de fermeture. Rosetta se trouvait au milieu du petit groupe, soutenue par Ava. Elle l’entendit tout autant et un gémissement plaintif franchit ses lèvres.
- Ce n’est rien, seulement la porte qui se referme, dit Ava pour la rassurer.
Il était, de toute manière, bien trop tard pour revenir en arrière et la jeune femme n’aurait voulu pour rien au monde revoir ces portraits de première apparence magnifique pour mieux révéler ensuite leur noirceur. Si seulement il n’y avait eu que les portraits ! Mais Rosetta avait vu un pendu, c’était la raison pour laquelle elle avait perdu connaissance. Elle n’osait pas encore le dire, de peur qu’on ne la croit pas ou que l’on se moque de son imagination, décuplée par la peur déjà présente avant les facéties de l’éclairage. Elle espérait ne pas retrouver plus loin de « pièce train fantôme » et d’emprunter un autre chemin pour quitter le manoir avec son époux et sa maîtresse. Quitter le manoir avec eux le plus rapidement possible ! Elle n’avait que faire de la visite, elle voulait quitter cet endroit ! Lorsqu’elle avait repris connaissance, elle avait été prête à laisser Glenn la reconduire à l’hôtel pendant que Clark, Henry et Ava continueraient à chercher Tyrone et Rita, mais il avait été impossible de retourner dans le foyer.
- J’ai peur… dit-elle simplement pour répondre à Ava.

Les lampes parcouraient maintenant l’ensemble du couloir. Il était composé de plusieurs éléments. Encore une fois des tableaux aux murs, tant sur celui de gauche que sur celui de droite et même tout au fond, en face d’eux.
- Encore des tableaux ! J’espère que ceux-là n’ont pas été peints pour faire un gag ! commenta Clark d’une voix nonchalante.
En revanche, le mobilier faisait son apparition, console et banquette recouvertes de la poussière de plusieurs décennies, petits guéridons.
- Vous croyez qu’on va voir d’abord la salle de bal ou le boudoir ? A moins que ce soit le salon de la diseuse de bonne aventure ! Hein, Ava, qu’en penses-tu ? demanda Clark joyeusement en clignant de l’œil.
Tout en parlant, ils avancèrent jusqu’à se trouver à hauteur du premier tableau, sur le mur de droite. C’était un portrait de femme. Ils y prêtèrent peu d’attention. Elle n’était pas particulièrement belle et les teintes rougeâtres, loin de rappeler la beauté des sanguines, mirent tout le monde d’accord pour considérer que le maître des lieux avait manqué de goût avec ce tableau. Ils passèrent, attirés, en revanche, par l’immense portrait en pied qui ornait le mur du fond. Il représentait Mélanie Ravenswood, souriante, rayonnante même, vêtue d’une robe de mariée, sa robe de mariée.
- Allons voir plus près ! proposa Henry.
Il fallait passer devant cette peinture pour quitter le couloir, celui-ci ayant été dessiné en L inversé, mais, au lieu de tourner à l’angle du mur de droite, examiner de plus près ce portrait malgré la mésaventure du salon hexagonal parut une bonne idée. Comme ils avançaient, le regard rivé sur celui de la mariée, ils ne virent pas que la femme aux teintes rougeâtres venait de laisser place doucement à l’image d’une terrifiante gorgone à la tête hérissée de serpents.

En avançant dans ce que Glenn appela tout de suite « la galerie de portraits », le petit groupe parut tomber en état d’hypnose, tant fasciné par le portrait de la mariée comme peu avant par le médaillon dans le foyer qu’ils ne remarquaient pas les métamorphoses affreuses des autres tableaux, tant à droite qu’à gauche. Ils virent bien qu’il y a un chevalier sur son destrier, ils ne les virent pas devenir tous deux squelettes. De même, un magnifique voilier devint vaisseau fantôme, une femme alanguie sur un sofa se changea en chatte aux yeux perçants et maléfiques.
« En passant devant ces inestimables oeuvres d'art, peut-être ressentez-vous comme une impression bizarre... N'ayez pas peur ! Ce n'est qu'une illusion d'optique. La vraie beauté de cette maison nous attend plus
loin... »

Telles étaient les paroles que Clark eut pu prononcer en cet instant. Seul le regard lumineux de Mélanie, envoûtant certainement, paraissait exister. Il était encore question de médaillon mais ce n’était plus la forme du cadre. C’était un bijou que la mariée portait autour du cou. L’une de ses mains était délicatement posée sur le dossier d’une chaise tandis que de l’autre elle tenait une gerbe de roses d’un rouge éclatant. Henry prit la parole :
- Maintenant, nous en sommes bien certain, c’est bien Mélanie ! Et Rita a été bien choisi pour le rôle, quelle ressemblance !
- Pourquoi Mélanie, pourquoi pas Martha Ravenswood jeune, au moment de son mariage ? interrogea Ava. C’est étrange de faire un portrait en robe de mariée alors qu’elle n’a pas eu le temps de se marier !
- Oui, mais le script dit qu’elle hante le manoir habillée en mariée ! En plus, c’est la même fille que dans le salon hexagonal, avec le cowboy ! Et ce n’est pas Martha qui se baladait avec un cowboy ! Ça ne peut être qu’un portrait fait au moment où Ravenswood faisait semblant d’approuver le mariage de sa fille.
- Oui, mais… N’empêche… Peut-être Mélanie tout à l’heure, mais sa mère quand il y a la robe de mariée… Elles pouvaient se ressembler énormément. C’est si bizarre, ce portrait…
- Il n’y a pas que le portrait qui est bizarre ! conclue Clark.

Sur cette dernière remarque, le petit groupe suivit l’angle du corridor et le laissa définitivement derrière lui, sans voir que les tableaux avaient changé à l’exception du portrait de la mariée. De nouveaux meubles apparaissaient désormais, rappelant que le manoir avait été habité et qu’il n’était pas seulement une galerie de peintures « un peu » étranges. Soudain, tous s’arrêtèrent d’un même mouvement. Une silhouette familière venait de surgir devant eux.
- Tyrone !!!!!!! s’écria Rosetta.
Elle se jeta dans les bras de son mari, oubliant tout ce qui l’entourait, oubliant cette demeure, ses « impressions bizarres »…

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Lun 19 Déc - 2:43

Chapitre XXV


Tout à sa joie de retrouver son époux, Rosetta en avait oublié Rita. En cet instant, rien d’autre n’existait que les bras de Tyrone autour de sa taille. Elle était blottie contre lui, la tête nichée contre son épaule. Elle sentait une main lui caresser le dos et une voix douce lui murmurer :
- Je suis là, Rosie Chérie… Tout va bien…
Lui aussi dans un autre monde pendant un petit instant, Tyrone parut soudain s’apercevoir de la présence des autres.
- Henry, Ava, Clark ? Glenn, tu es à Thunder Mesa ? Merci d’avoir accompagné Rosetta. Je n’aurais jamais permis qu’elle vienne seule. D’ailleurs, ajouta-t-il en faisant passer sa femme devant lui, tu as fait une folie en venant, tu le sais. Ce manoir est en mauvais état. Si j’avais pu prévoir que je viendrais ici, je t’aurais défendue de venir. Je sais que tu m’aurais obéi, tu es obéissante, ma chérie.
Tyrone avait croisé ses bras autour du ventre de la jeune femme pour la maintenir dans son étreinte. Elle l’entendait murmurer contre son oreille. Très vite, alors qu’il changeait de sujet, il la fit avancer, toujours de sorte qu’elle lui présente son dos. Il posa alors ses mains sur ses épaules.
- Glenn, je ne savais pas que tu devais venir nous rendre visite !
- Oh, je ne suis que de passage. Je venais saluer Rita, cela fait un petit moment que je ne l’ai pas vu. Et aussi lui parler d’un projet de film noir que la Columbia lui propose ainsi qu’à moi. Ce serait notre cinquième film ensemble. D’ailleurs, où est-elle ?

Que dire de plus sinon que Rita avait disparu ? Tyrone expliqua qu’il ne l’avait pas encore retrouvée. Assis sur des banquettes de velours envahies par la poussière, tous l’écoutèrent évoquer son passage par les jardins, le foyer, le salon hexagonal. Rosetta n’osa pas lui demander s’il avait vu un pendu, elle craignait avoir été victime d’hallucinations. Tyrone avait vécu aventure semblable que ses amis. Les portraits s’étaient transformés sous ses yeux. En revanche, il n’était pas resté prisonnier. Il avait réussi à retourner dans le foyer et avant ensuite emprunter la porte que le petit groupe avait vue sur l’autre mur. Tyrone s’était alors retrouvé dans un salon hexagonal à peu près identique au premier, à ceci prêt que les bandes rayées de la tapisserie était d’une autre couleur. Il eut cru autrement tourner en rond. Dans ce second salon, une porte l’avait mené à une série de pièces sans grand intérêt. Peu meublées, il s’agissait des communs, véritables coulisses du manoir.
- J’ai sans doute pris la mauvaise direction…
Dans une niche, à l’arrière, un buste représentant une dame âgée semblait les suivre du regard. Tout au moins Rosetta s’en était-elle aperçue, étant assise tout près des yeux perçants. Elle se détourna tandis que Tyrone parlait et poussa un hurlement. Chacun sursauta, il en fallait moins que cela pour être inquiet après ce qui était arrivé dans le salon hexagonal. Ce n’était rien, cependant. Clark s’était mis à s’amuser avec sa lampe en la plaçant sous son menton.
- Euh, pardon…
Il ne pensait pas que Mrs Power se retournerait et le verrait, s’excusa-t-il, confus. Dans la pénombre, cela avait pour effet d’éclairer d’une manière très étrange la moustache, les narines et les yeux de Clark.
- Bon, après ces petits jeux d’atrium… conclue Tyrone, alors que Rosetta se cachait dans ses bras. Il serait temps de reprendre les recherches !


Le petit groupe, composé maintenant de six personnes, se remit en route. Tyrone ne connaissait pas encore cette partie du manoir dans laquelle il se dirigeait. Il avait fait l’aile Est et n’avait pas vu de ce fait le corridor aux peintures rougeâtres. Après quelques pas, tous s’arrêtèrent d’un même élan pour admirer un escalier majestueux. Parvenues à un demi étage ornée d’une immense verrière qui donnait probablement sur l’arrière du manoir puisqu’on ne la voyait pas sur l’avant de la façades, les marches se séparaient en deux escaliers un peu plus étroits menant ensemble au premier étage de manière à former une corbeille. Les balustrades que l’on devinait là-haut, dans leur beauté, n’invitaient pas, cependant, à gravir les marches. Elles imposaient un froid respect, une distance respectueuse. Ce fut pour cette raison qu’on ne s’attardât pas davantage après avoir regardé un petit peu.
- Mais Rita est peut-être là-haut ? suggéra Glenn. Si elle est partie en disant qu’elle dormirait dans le manoir, elle a dû chercher les chambres et elles sont sûrement à l’étage !
- Nous devrions finir de fouiller le rez-de-chaussée ? trancha Tyrone.
Un éclair déchira soudain le ciel au travers de la verrière du demi étage. Le bel escalier devint sinistre, auréolait d’une lueur blafarde à chaque coup de tonnerre. Par ailleurs, une pluie violente vint secouer la verrière.
- Curieux climat, par ici ! commenta Clark entre ses dents.
Le temps d’un bref instant, Rosetta avait imaginé son héroïne Blanche Neige descendre de son pas gracieux les marches du bel escalier pour rejoindre son Prince. Elle revenait de son rêve : ce manoir n’était point celui d’un conte de fée à moins d’être le château de la vilaine Reine.

Le grand escalier fut laissé sur le côté. Alors que tous les six s’engageaient dans un corridor bordé d’armures, Rosetta crut être victime d’hallucinations pour la seconde fois. Elle poussa un nouveau cri.
- J’ai cru voir une mariée ! Rita en mariée ! Elle tenait un chandelier ! Elle a salué en s’inclinant ! Mais vous ne l’avez pas vu ?
Les cinq acteurs firent non de la tête.
- Vous avez vu un portrait tout à l’heure, c’est sans doute ça ! dit gentiment Henry.
- Non, j’ai vraiment vu une mariée !
- Mais vous êtes la seule, apparemment ! Ava, tu as vu une mariée ? interrogea Glenn.
- Moi ? Mais non !
- Aaah, alors ce n’est pas un fantôme que seules les femmes s’imaginent voir puisque seule Mrs Power l’a vue et pas Ava !
- Et l’armure, demanda Tyrone les yeux brillants de malices, elle respirait, n’est-ce pas ?
Rosetta baissa les yeux en rougissant. Elle n’osa pas dire qu’elle avait peur des mariées fantômes et des armures qui respiraient – car elle avait entendu ce qui était un sujet de plaisanterie chez son mari.

Le corridor se scinda en deux après l’angle d’un mur. Il continuait tout droit jusqu’à ce que l’on devinait être un salon de musique tandis que sous la forme d’un second corridor poursuivait son chemin sur la droite. Cette fois, Rosetta crut entendre un chant lancinant, très faible cependant. Cela semblait venir du corridor de droite. Elle se pencha pour regarder. Un magnifique tapis, assorti à une tenture pourpre tendue au-dessus d’un encadrement de bois, lui indiqua qu’il fallait d’abord monter deux marches. Toutes les lampes torches venaient de se braquer dans cette direction. Le corridor devait être fort long car on n’en distinguait pas la fin. Long, long, si long…

Lalala, lalala, lalala, lalaaa…

- Rosetta, pourquoi chantes-tu ? demanda Tyrone, surpris. Pour oublier que tu as peur, pense plutôt que je suis là !
La jeune femme se redressa et pivota lentement vers son mari, répondant d’une voix blanche :
- Mais… Ce n’est pas moi…

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Lun 19 Déc - 2:44

Chapitre XXVI


Si Rosetta avait été la seule à voir la mariée quelques instants plus tôt, il n’en fut pas de même pour le chant que tous entendaient, stupéfaits.

« Lalala, lalala, lalalala, la-lâââ… »

Tyrone refusait de croire que le manoir, à nouveau, se jouait d’eux et recommençait ses tours qui semblaient orchestrés par de facétieux revenants.
- Allons, Rosetta, je t’ai entendue ! Ce n’est pas Ava, elle parlait avec Clark !
- Ce n’est pas moi…
- Ce doit être Rita, plutôt ! intervint Ava. Excuse-moi, Ty, mais j’ai déjà entendu ta femme chanter et là ça ne peut pas être elle !
- Peut-être, mais les petits réclament tout le temps des chansons, preuve que leur maman ne chante pas si mal que ça ! Pas comme Rita qui se fait doubler ! Et comme ce n’est pas toujours par la même personne, elle n’a jamais la même voix dans ses numéros de chants selon les films ! rétorqua Ty, surpris de se moquer ainsi de sa maîtresse.
- Mais pourquoi ce ne serait pas Rita ? Elle est peut-être au fond de ce corridor ?

Tyrone allait répondre lorsqu’il vit Rosetta passer devant lui et s’engager dans le corridor, attirée par le chant lancinant.

« Lalala, lalala, lalala, la-lâââ… »

Il dut admettre que ce n’était pas elle, d’autant qu’il connaissait la voix de son épouse. Devant l’inconnu, il avait préféré se bercer de l’illusion que le chant venait d’elle. Après quelques pas, la jeune femme se figea. Elle sentit un souffle glacé envelopper son corps. Le même souffle passait par sa bouche comme si elle était encore à marcher dans la neige. Une forme se matérialisa alors devant elle comme le chant devenait plus précis. L’apparition - Mélanie, Rita, qui était-ce ? Elles se ressemblaient tant - vêtue de sa robe de mariée, avançait vers elle, légèrement courbée, brandissant un chandelier dont les flammes jetaient autour d’elles des ombres inquiétantes. La mariée leva lentement son visage et plongea son regard dans celui de Mrs Power qui tremblait comme une feuille mais ne disait rien. Avant de disparaître aussitôt ! Épouvantée, Rosetta se mit à courir pour revenir d’où elle était venue. Le petit groupe n’avait pas bougé.
- Tu as vu jusqu’où va le corridor ? demanda Tyrone.
- J’ai vu…. J’ai vu….
L’air hagard, le menton tremblant, Rosetta dit enfin :
- J’ai vu encore la mariée fantôme ! Kiiiiiiiiiiii !!!!!!!!! La mariée fantôôôme !!!!!!!!!!!!!!!
A bout de nerfs, Rosetta serait repartie en courant et en criant en direction du grand escalier si Tyrone ne l’avait pas attrapée.
- Il n’y a pas de mariée fantôme, Rosetta ! Seulement dans le script de « Bloody Rose » mais certainement pas en vrai ! gronda-t-il en fronçant les sourcils.
Rosetta ne se calmant pas, se débattant au contraire dans ses bras, il lui administra une paire de claques, la seconde après Glenn depuis son entrée dans le manoir. Rosetta cessa aussitôt de s’agiter et de gémir.
- Ça va mieux, là ?
- Oui. Pardon, Tyrone.
- Bien !
Il lui sourit gentiment.
- Nous avons tous entendu chanter, Rosie Chérie, mais tu es la seule à avoir vu une mariée, tu comprends ?
Elle fit oui de la tête. On laissa le corridor sans fin pour continuer par l’autre.

Le salon de musique aperçu plus tôt avant l’épisode du corridor sans fin était plutôt petit. Quelques photographies encadrées avec soin ornaient les murs. Quelques meubles dont fauteuils et banquettes de velours, des plantes mortes et fleurs séchées, reliques de leur passé. Une très belle verrière, en forme de box window, ornait le mur du fond. Elle laissait entrevoir ce qui devait être un jardin d’hiver. La végétation, laissée à l’abandon, avait repris ses droits.
- Je plains le malheureux jardinier ! plaisanta Clark.
Le piano était après la verrière l’élément le plus remarquable. Noir, sobre, il portait sur son couvercle une gerbe de fleurs mortes. Un tabouret recouvert de velours rouge invitait tout musicien amateur à prendre place : les partitions étaient déjà en place.
- Nous allons nous asseoir un instant, Rosetta, si tu en as besoin, proposa Tyrone. Tu es fatiguée et nous devrons peut-être marcher encore longtemps.
Il pensait que, s’ils ne sortaient pas du manoir avec Rita au matin, Helen alerterait Henry King et toute l’équipe, et que l’on investirait le manoir pour leur porter secours. Hollywood n’avait que faire de Rosetta, « la marchande de fleurs », mais on ne prendrait pas le risque de perdre dans la nature Tyrone Power, Henry Fonda, Clark Gable, Ava Gardner et Rita Hayworth ! On ignorait sans doute la présence de Glenn Ford, mais la Columbia n’apprécierait pas qu’on ne le lui ramène pas dès que l’on s’apercevrait de sa disparition – car on finirait par comprendre que si sa meilleure amie Rita avait disparu il était probablement près d’elle ou tout du moins parti à sa recherche. Tyrone songeait à Helen. Il était rassurant de savoir que quelqu’un les avait vu se rendre « Chez Ravenswood ». Il était cependant désolé qu’on n’ait rien tenté pour empêcher Rosetta de venir, elle si fragile et si sensible.
- Il faut continuer, Darling, ne te préoccupe pas de moi, nous devons retrouver Rita !

Le petit groupe quitta le salon de musique. Tyrone tenait sa femme contre lui, comme pour la soutenir si elle venait à s’évanouir encore une fois. Glenn lui avait dit qu’elle avait eu un malaise dans le salon hexagonal, qu’il avait voulu la reconduire à l’hôtel mais qu’il n’avait pas pu rouvrir la porte du foyer. Fort heureusement, que Tyrone soit passé par une autre porte était une bonne nouvelle, ils passeraient par les communs pour quitter le manoir… avec Rita.
- Si elle n’est pas en bas, nous irons en haut, il y avait ce grand escalier, et… commença Ava.
Derrière eux, dans le salon de musique qu’ils venaient de laisser, le piano s’était mis à jouer tout seul. Ils se précipitèrent en effet aux premières notes, désireux de savoir qui leur jouait tous ces tours. Personne. Les touches blanches et noires étaient actionnées par une invisible main, « un deus ex machina des enfers » aurait pu dire Orson.
- Bon, ça y est, s’énerva Ava, c’est un mauvais coup fomenté par Rita, complice de l’esprit détraqué d’Orson !
Mais avant que réponse lui soit donnée, qu’on tente de la calmer, que Rosetta, livide, dise quelque chose ou pousse un cri, le chant lancinant repris de plus belle et leur firent abandonner le piano ensorcelé. Les trémolos joués par les mains invisibles s’atténuèrent, le chant les guidait à présent à travers le corridor bordés de portes, aux murs tapissés de violet foncé, aux motifs rappelant des têtes de démons, le démon de la grille d’entrée des jardins. Personne ne dit que le décorateur des lieux avait décidemment des goûts bien macabres mais tous le pensaient. Au bout du couloir, une horloge se dressait de toute sa hauteur, affichait fièrement treize heures, marquant treize coups. Elle marquait l’entrée d’une vaste pièce circulaire tendue de violet. Sur une table placée bien en évidence sur une petite estrade, une boule de cristal fit souvenir à Ava de son rôle de diseuse de bonne aventure, Mme Leota. Mme Leota dont le visage apparut soudain dans le cristal. Une voix venue d’outre-tombe s’éleva alors, alternant l’anglais et le français de la Nouvelle Orléans :

« Goblins & ghoulies, creatures of fright,
We summon you now to dance through the night !

Esprits et fantômes, sur vos fiers destriers,
Escortez dans la nuit la belle fiancée !

Warlocks & witches, answer this call,
Your presence is wanted at this ghostly ball !

Des douze coups de minuit aux mâtines sonnantes ;
Nous valserons ensemble, macabres débutantes !

Join now the spirit in nuptial room,
A ravishing bride, a vanishing groom !

Les croassements inattendus d’un corbeau vinrent ponctuer l’étrange prophétie…

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Ven 23 Déc - 23:10

Chapitre XXVII


Le visage de la diseuse de bonne aventure disparut avec sa voix. Il ne resta bientôt plus qu’une boule de cristal ordinaire. A l’aide de leurs lampes, les acteurs virent alors un corbeau empaillé sur le dossier d’une chaise.
- Cette fois c’est sûr, c’est un trucage ! s’écria Glenn. Il y a quelqu’un ici qui a installé une petite pièce secrète, une sorte de salle de contrôle, et qui s’amuse à nous jouer des tours en déroulant des tableaux, en nous faisant croire que quelqu’un chante, en mettant en marche un satané piano mécanique et maintenant la tête qui apparaît et qui parle ! Ah oui, et le corbeau ! J’allais oublier le corbeau !
Alors que Tyrone rassurait sa femme qui n’avait pas l’air très bien, tous observaient Glenn. Celui-ci faisait le tour de la pièce circulaire comme s’il allait la passer au peigne fin.
- Levez la tête avec vos lampes, regardez s’il y a des câbles, des fils, des projecteurs, des machins comme ça !
Glenn commençait à croire Mrs Power. Il était bien possible qu’elle ait vu une mariée, après le grand escalier puis dans le couloir sans fin. Mais en aucun cas un fantôme ! La lampe dirigée vers le plafond, l’acteur se mit à crier comme s’il s’adressait à quelque farceur dissimulé à l’étage ou sous les combles :
- Allez, sors de là, Orson ! On ne marche plus ! Ça va, tu t’es bien amusé avec tes fantômes à la noix, tes bougies qui s’éteignent, ton corbeau empaillé, tes peintures bizarres et tes trucs qui chantent « Lalala, lalala machin ! » alors maintenant arrête ça et rend nous Rita !
Rosetta s’approcha et posa sa main sur son bras.
- Glenn… C’est inutile… Il n’y a rien… dit-elle de sa voix douce.
Ni câble ni trucage en vue.
- Mais Orson est malin, il a sûrement tout bien dissimulé ! Il a…
Une mélodie différente de celle qui les avait tous guidés jusque là se fit entendre, un peu étouffée.
- Parfait, allons voir ce qu’il nous réserve maintenant !

Tous suivirent Glenn hors de la grande pièce circulaire. Clark se retourna à plusieurs reprises « pour voir si la boule de cristal se rallume avec la tête à l’intérieur qui cause » mais rien ne se produisit. Il se rendit même à nouveau à l’entrée de la pièce, où ils étaient entrés, pour voir si cela déclenchait un mécanisme, mais rien, toujours rien. Il ne restait plus qu’à poursuivre son chemin en espérant sortir enfin de ce labyrinthe.
- Depuis le temps que nous marchons, nous devrions avoir fait le tour complet du rez-de-chaussée, fit remarquer Tyrone qui tenait sa femme toute serrée contre lui.
A peine achevait-il ces paroles qu’un petit escalier parut devant eux. Le domaine de la diseuse de bonne aventure semblait clore la succession de pièces et il faudrait sans doute revenir jusqu’au grand escalier principal pour emprunter le passage des communs comme Tyrone l’avait fait lorsqu’il était seul.

A moins d’un passage secret, ce qui était bien sûr une possibilité non négligeable, on ne pouvait aller plus loin à moins de suivre le petit escalier. Beaucoup moins imposant que le premier, il était même très discret bien que beau dans ses entrelacements de fer forgé encore embellis par sa forme en colimaçon. Il aurait pu avoir sa place dans un opéra, entre scène et coulisse. L’on imaginait sans peine machinistes et corps de ballet gravissant ces marches dans un sens comme dans l’autre. La musique n’était d’ailleurs point absente. Les quelques notes entendues en bas gagnaient en intensité. Elles ne pouvaient qu’être le fruit d’un instrument imposant.
- Mais… commença Henry.

La surprise était de taille. Il semblait ne rien y avoir à cet étage car tout se jouait en contrebas.
- On a monté plus d’un étage, pas vrai ? poursuivit Ava, le souffle coupée par ce qu’elle voyait.
- Comment savoir...
Ils étaient comme sur le pont d’un navire. Une pièce immense, rectangulaire, s’étendait autour d’eux. Seuls d’étroits passages avaient été laissés sur chacun de ses côtés, bordés de balustrades de fer forgé. L’escalier avait fait songé à un opéra, mais cela ne pouvait être plus vrai que maintenant. Les cinq acteurs et Rosetta avaient, de là-haut, le regard qu’ont habituellement les machinistes. Il ne manquait que les projecteurs. En revanche, des cordages s’entremêlaient, soutenant un lustre immense et… brillamment illuminé !
- Non, c’est impossible… Comment… Il n’est pas électrique, Rita n’aurait pas pu l’allumer, il faudrait le faire descendre puis le hisser…
La voix de Tyrone ne pouvait plus, désormais, masquer son inquiétude.

Ils voulaient voir, ils voulaient savoir ce que révélaient ces balustrades, ce décor de théâtre. Quelle nouvelle mise en scène était-ce là ? Ils s’avancèrent tous en silence jusqu’à atteindre le rebord du balcon sur lequel ils se trouvaient et se penchèrent.

En contrebas, le spectacle était saisissant. Un grand hall s’offrait à leurs yeux dans toute sa magnificence, bordé de colonnes qui soutenaient les balustrades de l’étage supérieur. Une salle de bal souterraine à en juger par la profondeur et le peu de marches en fin de compte gravies. Un miracle d’architecture et de luxe, la magnificence des Ravenswoods, leur gloire. Un étage intermédiaire se dressait entre le parquet et l’endroit où se tenaient les acteurs et Mrs Power. De gracieuses marches de marbre, qui n’étaient point s’en rappeler l’élégance du grand escalier, rejoignaient la salle de bal pour y conduire élégantes et messieurs, au cœur de laquelle une longue table avait été dressée et un festin attendait encore.
- Le mariage… murmura Clark entre ses moustaches.

La beauté cédait la place au macabre lorsque l’on portait un peu d’attention au décor. Le gâteau de mariage était à demi effondré. A côté de l’escalier, le mur portait un tableau représentant le manoir du temps de sa splendeur comme pour mieux rappeler sa déchéance, sa chute. Partout, des spectres tourbillonnaient au son d’une valse, les notes de musique qui avaient attiré le petit groupe jusque là. Les spectres, corps sans matière, laissaient deviner leurs plus beaux atours. Ils dansaient à travers la pièce dans des teintes de vert et de jaune. La musique provenait d’un orgue. Des ombres grimaçantes sortaient des tuyaux à chaque note. L’organiste, vêtue de vert et coiffé d’un haut de forme, se retourna soudain. C’était le rôle interprété par Henry Fonda et l’homme lui ressemblait beaucoup. A la manière du grand escalier, celui présent ici se divisait en deux branches se rejoignant sur un palier intermédiaire. Une scène prévue pour Rita et Tyrone se déroulait sous les yeux ébahis du petit groupe. Une silhouette vêtue de parme, cape et haut de forme tendait la main vers la mariée qui, lentement, s’avançait en descendant les quelques marches qui la séparaient encore de ce palier. Elle tenait un bouquet de roses mortes et son chant lancinant s’élevait jusque par-dessus les notes de l’orgue…

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Ven 23 Déc - 23:10

Chapitre XXVIII


Brillamment illuminée, la salle de bal souterraine faisait figure de passage entre un monde et l’autre. La sarabande des revenants prenait un peu plus d’ampleur à mesure que l’organiste jouait. Valse endiablée qui semblait ne jamais prendre fin, macabres figures. Quelques spectres étaient assis à la table du banquet. Aucun ne regardait la mariée approcher de l’homme à la cape parme. Pareille scène se renouvelait-elle inlassablement chaque nuit depuis le tragique décès de Mélanie ? Était-elle condamnée ainsi à errer dans le manoir comme Rosetta l’avait vue par deux fois avant de rejoindre la salle de bal où son père lui annonçait la mort du fiancé ? Les acteurs, accompagnés de Mrs Power, ne disaient pas un mot. Tout ce qu’ils voyaient étaient conforme au scrïpt et cependant jamais Tyrone ne fit remarquer qu’il était trop jeune pour jouer le rôle du père de Rita, fantôme ou non. Il l’avait dit une fois lorsque le rôle lui avait été proposé mais le costume et le masque l’avait persuadé qu’on n’y verrait rien. C’était aussi pour cela qu’on avait choisi un acteur plus âgé pour les scènes où Ravenswood était vivant. Personne ne disait mot. Le mariage devait être célébré dans ce grand hall, près de l’orgue. Mélanie avait dû descendre confiante les marches aux pieds desquelles attendait son père pour la mener vers son fiancé. Elle avait appris là sa mort.

Lorsque, un à un, les acteurs, Mrs Power, prirent la parole, ce fut dans un souffle comme s’ils craignaient d’attirer sur eux l’attention des spectres s’ils les entendaient.
- Ce sont des… des fantômes ? questionna Clark.
- J’en ai peur…
Tous avaient répondu sauf Rosetta.
- Ils ont l’air malades… chuchota-t-elle.
- Ils ont l’air morts, corrigea Henry.
A ces mots, l’estomac noué par la peur, elle se mit à gémir de nouveau comme elle l’avait déjà fait. Tyrone ne voulut pas prendre de risque, il pensait que le bruit attirerait les spectres et qu’ils viendraient les emporter on ne sait où. Aussitôt, il bâillonna sa femme de la main et murmura à son oreille :
- Chut.
Il l’entraîna ainsi, coincée contre lui, le long de l’étroit balcon surplombant le grand hall où le bal continuait. Les autres les suivirent. Il était inutile de rester. La mariée ressemblait à s’y méprendre à Rita mais bien entendu se n’était pas elle. C’était Mélanie. Le cowboy sur le tableau, la diseuse de bonne aventure dans la boule de cristal, la distribution était au complet. Dans le salon de musique, des photographies encadrées au mur montraient probablement Martha et Henry Ravenswood. Tous étaient là pour la tragique mise en scène.

Un autre escalier en colimaçon les attendait au bout, identique au premier. Les lampes torches étaient à nouveau utiles, le manoir n’était plus illuminé. Le scrïpt parlait du salon hexagonal, lieu de tragédie, où le fiancé avait été pendu, et de la salle de bal, rendez-vous des morts. Il mentionnait bien quelques apparitions de Mélanie en d’autres lieux mais seule Rosetta les avaient vues. Le chant lancinant, en revanche, avait été entendu de tous. Laissant l’escalier derrière lui, le petit groupe découvrit un nouveau corridor décoré de teintes pastelles où le rose et le vert amande rivalisaient de douceur. Décor surprenant pour un tel lieu, les appartements privés probablement. Chacun songeait à appeler « Ritaaa !! » mais nul ne le faisait. Pas après ce qu’il venait de voir. Tyrone retira sa main de la bouche de Rosetta mais ne la lâcha pas pour autant.
- Reste bien près de moi, Rosie Chérie. Il y a des fantômes, par ici !
Il était inquiet comme eux tous mais préférait en rire.

Ils avaient hésité à suivre le grand escalier, se doutant pourtant qu’il menait aux appartements, aux chambres alors que Rita avait dit justement qu’elle dormirait au manoir. Le rez-de-chaussée avait recelé bien des surprises, le grand hall que l’on n’aurait su situer sur un plan leur avait présenté les habitants du manoir. Il était ironique de constater que la salle de bal reprenait vie en retrouvant le temps d’une valse lumière et musique, puisqu’elle n’abritait que la mort. A présent, le premier étage du manoir s’apprêtait à dévoiler ses secrets. Les acteurs et Rosetta avaient descendu l’escalier en colimaçon sur une très courte distance ce qui laissait penser que du rez-de-chaussée ils étaient montés sous les combles d’où ils avaient eu une vue vertigineuse sur la salle de bal souterraine, avant d’emprunter un nouvel escalier plus court jusqu’au premier étage, traditionnellement réservé aux appartements. Fallait-il maintenant ouvrir toutes les portes, fouiller toutes les chambres ? Ils espéraient bien sûr trouver Rita endormie tranquillement dans un lit, quitte à la secouer et à la traîner de force, mais Rosetta tremblait à l’idée d’effectuer le trajet en sens inverse, de repasser devant les fantômes. Tyrone avait deviné ses craintes. Il entreprit de la rassurer sans avoir la preuve de ce qu’il avançait :
- Les fantômes te tracassent parce que nous allons sûrement repasser par leur petite fête mais ils ne te verront même pas. Ils dansent, c’est un spectacle, et le spectacle doit continuer.
Rosetta n’en était pas convaincue mais ne dit rien. Elle promit seulement de ne pas laisser ses jambes se dérober sous elle. Il ne fut pas nécessaire d’ouvrir les chambres une à une. Le chant lancinant se fit à nouveau entendre.

« Lalala, lalala, lalala, la-lâââ… »

Cela provenait de la porte qui était juste en face d’eux. Glenn l’ouvrit à la volée comme s’il allait crier « Police, on ne bouge plus ! », comme si entrer très vite allait empêcher les occupants de s’échapper et révéler au contraire les secrets de Ravenswood manor.

C’était un boudoir. Un boudoir au décor romantique de bonbon anglais. Dans les murs tendus de vert amande, des motifs végétaux entrelacés d’un vert un peu plus soutenu créaient une silhouette de liane sans cesse répétée. Le rose des rideaux leur donnait la douceur convenant à un boudoir. Des plantes mortes rappelaient que l’on était toujours dans le manoir en dépit de la fausse bienveillance des lieux. Sur l’une des étagères de la bibliothèque qui occupait tout un pan de mur, une poupée fixait de ses yeux de porcelaine les visiteurs profanant son sanctuaire. Poupée de cire aux boucles auburn, vêtue d’une robe de mariée, tenant à la main un minuscule bouquet de roses mortes. Les acteurs et Rosetta crurent d’abord qu’elle était à l’effigie de Mélanie. En réalité, elle avait le visage de Mme Leota, la diseuse de bonne aventure. Rosetta se souvint de l’histoire de « Bloody Rose » que son mari lui avait racontée. Elle chercha en vain les paroles qu’il avait prononcées, mais il avait parlé de la poupée, la tête de Mme Leota sur le corps de Mélanie.
Un paravent attira l’attention de tous. Le chant venait de là. Ils le contournèrent et virent, assise devant une magnifique coiffeuse, une femme vêtue d’une robe de mariée leur tournant le dos. La traîne et les multiples plis de la robe, somptueuse architecture de soie, de dentelles et de rubans, s’ouvraient en corolle autour d’elle. Son voile descendait avec grâce jusqu’au bas du dos courbé légèrement en avant pour qu’elle puisse contempler son visage dans l’immense miroir. Des boîtes en carton, ornées de rubans multicolores, l’entouraient. Des cadeaux, des présents en l’honneur de son mariage. Était-ce un fantôme ? Était-ce Mélanie ? Tous les voyaient et non seulement Rosetta.
- La mariée… murmurèrent-ils tous ensemble dans un souffle.
Ils approchèrent plus encore, n’osant la toucher, tant par un étrange respect comme s’il se fut agit d’une déesse que par un sentiment de crainte. Qui était cette femme ? Le voile de dentelle caressait ses joues, des joues marquées par les larmes. On devinait les boucles auburn. Parfaitement immobile, figée, la mariée semblait statufiée pour l’éternité. Pourtant, l’on entendait un chant. Clark vit soudain l’une de ses mains esquisser un léger mouvement. Elle élevait lentement un mouchoir de dentelles jusqu’à son beau visage.

L’immense miroir qui ornait la coiffeuse dessinait la silhouette d’une tête de mort…

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Ven 23 Déc - 23:11

Chapitre XXIX


Lentement, le visage de la jeune femme se tourna vers les inattendus invités du manoir. Le regard vide, perdu, Rita se tenait devant eux et elle aurait été bien incapable d’expliquer ce qu’elle faisait ainsi dans cette robe de mariée, ce mouchoir à la main. Elle passait d’ailleurs de l’un à l’autre, l’air absent. Elle semblait ne pas les reconnaître mais pour eux le doute n’était pas permis. C’était Rita. A ses pieds, devant la coiffeuse, les vêtements roulés en boule et le chapeau de pluie jaune de l’actrice étaient preuves suffisantes.
- Mais qu’est-ce qu’elle a ? C’est bien elle ! Rita !
Joignant le geste à la parole, Glenn la prit aux épaules. Il ne voulait pas la secouer mais que faire ? Elle semblait hypnotisée, hagarde.
- Aidez-moi !
Tyrone vint à la rescousse ; tous deux incitèrent Rita à se lever. Le voile de la mariée glissa, confirmant son identité.
- Regardez, les boucles auburn ! Ses cheveux sont souples, mais ce ne sont pas des anglaises ! Pas comme le fantôme de tout à l’heure ! fit remarquer Clark.
Il était un peu contrarié de voir que Tyrone avait été plus rapide pour aider Rita.

Ils étaient tacitement d’accord pour se demander plus tard ce qui était arrivé, si elle avait pris quelque chose pour être dans cet état, de son propre gré ou contrainte. Ils devaient quitter cette maison, quitter ce lieu maudit où les revenants orchestraient leur sarabande infernale. Ils la porteraient s’il le fallait. Après tout, il y avait là quatre hommes. Pendant que Glenn et Tyrone la soutenaient puisqu’elle ne tenait visiblement pas sur ses jambes, telle une marionnette, Clark lui mettait le chapeau de pluie sur la tête, le trench coat de l’actrice par-dessus la robe de mariée et emportait le reste de vêtements pour lesquels il eut fallu la déshabiller, ce dont on n’avait pas le temps.
- J’espère que les fantômes ne nous en voudront pas pour ça, mais ce n’est qu’un emprunt. Nous leur renverrons la robe par la poste ! plaisantait-il.
Il ne savait pas si Rita comprenait.
- Dépêchons-nous, sortons de là ! ajouta-t-il.
A peine avait-il prononcé ces mots qu’une Rita chantonnante désignait du doigt un panneau de bois entre l’une des fenêtres et la coiffeuse.

« Lalala, lalala, lalala, la-lâââ… »

- Elle nous indique le chemin !

« La-lâââ… »

- Clark a raison ! s’écria Glenn, elle nous montre un panneau de bois, il doit y avoir une porte derrière ! Poussons-le !
Le chant de la mariée les avait guidé jusque là, ce serait ce chant qui les ferait sortir ! Le panneau pivota sous la pression conjuguée de Glenn et Clark. Tyrone fut soulagé de constater que Rita tenait debout à présent, faute de quoi elle se serait effondrée dans ses bras au moment où Glenn la lâchait. Le panneau de bois révéla un escalier dérobé.
- Allons-y, et… commença Glenn.
Rosetta s’était approchée de Rita. Elle lui toucha la joue du bout du doigt et eut un recul de surprise.
- C’est vivant ! C’est vivant !
Il fallut calmer Mrs Power qui n’avait rien dit jusque là en entrant dans un boudoir où il y avait pourtant une mariée et un miroir dont le contours rappelait une tête de mort.

Le petit groupe se faufila dans l’escalier dérobé. Les marches en colimaçon étaient nombreuses, il semblait ne pas avoir de fin. Toujours dans un état second, Rita suivait néanmoins d’une façon tout à fait naturelle, comme s’il n’y avait jamais eu de mariée ni de fantôme. Elle ne disait mot, elle ne regardait personne, mais elle descendait les marches aussi vite que les autres. L’escalier prit fin après une descente interminable.
- Nous sommes dans la cave, on dirait ! fit observer Henry.
Clark ne put réprimer un sifflement admiratif.
- Je me demande quels merveilleux crus il peut y avoir ! Si ces bouteilles sont là depuis le siècle dernier, ce doit être…
- On a pas le temps !
Rita désigna à nouveau une direction du doigt, toujours chantonnant. Sans se poser de question, tous prirent ce chemin qui les mena à une remise de jardinier. Les lampes leur firent voir une brouette et une fourche toutes deux pourries. Ils ne s’attardèrent pas. Clark avait ramassé dans la cave une photographie jaunie et piquetée de noir représentant Mélanie Ravenswood, ignorant ce qu’elle faisait en un tel lieu. Il la laissa en fin de compte dans la remise, jugeant préférable que le souvenir de la jeune fille ne quitte pas le manoir. Cette photographie lui aurait, de plus, probablement fait frémir chaque fois qu’il l’aurait regardé. Il avait assez des innombrables photographies de Rita qu’il découpait dans la presse et conservait précieusement chez lui dans une chemise en carton.

Une ouverture au fond de la remise, une ouverture vers l’extérieur. C’était gagné, ils venaient de franchir les portes du manoir dans le sens contraire, ils étaient dehors, à Thunder Mesa. Il ne restait plus qu’à passer le portail. Ce furent des jardins d’un genre bien particulier que les acteurs et Mrs Power traversèrent. Ils étaient à l’autre bout de l’entrée principale et ce fut le chemin du cimetière familial qu’ils durent emprunter. Il n’y avait pas le temps de déchiffrer les inscrïptions sur les tombes dont certaines étaient en ruine. Ils voulaient retourner à l’hôtel, désenvoûter Rita ou du moins lui faire voir un médecin. Ils n’entendirent pas le battement de cœur qui provenait de l’une des tombes. Ils l’eussent pris pour l’un des leurs.

Le portail du cimetière ! Le lac de Thunder Mesa était à leurs pieds ! En le suivant, ils reconnaîtraient grâce à leurs lampes les lieux de tournage et ainsi leur hôtel ! Il était hors de question de se retourner, aucun d’entre eux ne voulait revoir le manoir cette nuit et chacun espérait que le retour à Los Angeles serait prompt. Ils n’étaient pas à bout de leurs surprises. Un dernier mauvais sort les attendait. Ni les acteurs ni Mrs Power ne reconnaissaient Thunder Mesa. Où était la jolie cité minière ? Ils avaient sous les yeux des maisons délabrées, en ruine. Était-ce son vrai visage ? A l’horizon, le jour commençait à se lever. Les habitants devaient certainement tous dormir. Que faisaient donc tous ses gens dans les rues, autour du saloon ? Le maire de Thunder Mesa ! Lorsqu’ils approchèrent, le magistrat ôta son chapeau, un haut de forme, et sa tête vint avec. L’apothicaire était là également. Son visage était celui d’un squelette. Devant le saloon, sous une lueur rougeoyante, un piano jouait tout seul tandis qu’une danseuse au visage terrifiant se penchait vers les passants. Partout des squelettes, des cowboys s’entretuant dans des duels sans fin. Des ricanements infinis, des chants venus d’outre-tombe. Au loin, un point ocre commençait à percer les ténèbres…

Au petit jour, Tyrone, Glenn, Clark, Henry, Rita, Ava et Rosetta furent découverts évanouis devant la porte du Lucky Nuggett. On en rit d’abord, pensa qu’ils avaient passé la nuit au saloon, puis on se souvint qu’il avait fermé ses portes au moment de l’incendie du Cowboy Cookout Barbecue. Ils racontèrent leur aventure à Henry King, dans un petit salon de l’hôtel après s’être un peu remis de leurs émotions. Rita ne se souvenait de rien mais elle était comme avant, comme si de rien n’était. A la différence qu’elle portait toujours sous son trench-coat, avec son chapeau de pluie jaune, une robe de mariée victorienne.

En entendant les récits étranges, Henry King décida de laisser « Bloody Rose » inachevé. Il redoutait d’autres mauvais augures. Il y avait déjà eu un incendie et la façon dont le manuscrit était parvenu entre ses mains l’inquiétait maintenant. Toute l’équipe de tournage déserta donc les lieux, au grand dam de Mr le maire qui ne put rien faire pour les retenir. Tyrone lui fit chercher dans son état-civil un dénommé Bill Leota et il dut admettre qu’il s’agissait d’une personne décédée depuis longtemps. Les Powers, Helen et Norbert avaient bien vu et entendu un fantôme, ce soir-là, pendant qu’ils soupaient. Tous partaient donc, laissant la ville du Tonnerre et son secret.

Avant de quitter Thunder Mesa, où les maisons étaient aussi jolies que les jours précédents, où les habitants étaient vivants, Tyrone passa avec sa femme, Helen et les enfants au Thunder Mesa Mercantile Building, un autre general store. Norbert les attendait dans la voiture, tout était prêt pour le départ. C’était la dernière halte dans cette ville. Tyrone voulait seulement quelques provisions. Au mur, un petit tableau représentait une rose qui saignait en perdant ses pétales. Dans un coin, une petite poupée vêtue d’une robe de mariée les regardait, tenant sur ses genoux un petit écriteau sur lequel on pouvait lire :

« Revenez, revenez, vous venez à peine d’arriver… Et je me meurs de solitude… »

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Ven 23 Déc - 23:12

Chapitre XXX


Janvier 1951, un an plus tard.

Depuis l’aventure de Thunder Mesa, les cinq acteurs n’avaient pas eu l’occasion de se réunir tous, au grand complet. Ils n’appartenaient pas tous aux mêmes studios et devant l’abandon de « Bloody Rose » le travail avait repris pour chacun de son côté. Tyrone, en particulier, enchaînait les tournages. A peine était-il de retour à Los Angeles qu’on lui proposait « The Black Rose », titre que l’on n’avait point choisi pour se moquer du projet maudit de Henry King mais ô combien déconcertant. Lorsqu’un exemplaire du scrïpt était parvenu entre ses mains, il avait eu l’impression de recevoir une nouvelle version de « Bloody Rose » mais il n’en était rien. L’histoire se passait en Orient sans aucun rapport avec les revenants qui hantaient la salle de bal ou la cité minière. Ce film marquait sa seconde collaboration avec Orson Welles après « Prince of Foxes » en 1949. A cette époque-là, Orson s’était exilé en Europe depuis déjà quelques années et se trouvait en Italie, lieu de l’action du film évoluant dans la Renaissance de Cesare Borgia, personnage du génial touche-à-tout. Rita vivait alors à Cannes, au Palais de l’Horizon aux côtés du Prince dont elle était encore l’épouse. Orson et Tyrone avaient apprécié leur travail en commun et avaient passé de longs moments nostalgiques tous deux, abandonnés de leur déesse. Les choses furent un peu différentes sur le tournage de « The Black Rose » : Rita était revenue de Thunder Mesa avec Mr Power. Le film sortit en Août sur les écrans. Tyrone travaillait déjà sur « An American guerrilla in the Philippines ». Il avait ensuite reçu le scrïpt de « Rawhide » dont la sortie était prévue pour Mars 1951. Entre ces semaines de travail éreintant, Tyrone recevait parfois ses amis le vendredi ou le samedi. Mais du petit groupe de Phantom Manor il en manquait toujours un ou deux, qu’il voyait ensuite alors que les autres n’étaient pas disponibles. Ce fut donc à la fin du mois de Janvier 1951 qu’ils se retrouvèrent tous au complet au milieu des autres invités conviés par Tyrone en l’honneur de la naissance de sa première fille, Clementine.

Rayonnante de bonheur, Rosetta présentait fièrement à chacun le bébé niché dans ses bras.
- C’est ma petite fille, Clementine ! Elle a trois semaines !
C’était son troisième bébé après ses deux fils, Tyrone IV et Dallas. Thomas était un enfant adopté. Le filleul de Rosetta, que ses parents, Mr et Mrs O’Leary, avaient recueillis tout petit après la mort des siens. L’enfant s’était attaché à Rosetta et l’avait appelée « maman » elle et elle seule, non Mrs O’Leary. Rosetta ne pouvait pas envisager de le laisser lorsqu’elle se marierait. Elle en avait parlé à Tyrone et l’acteur avait immédiatement fait les démarches nécessaires pour adopter le petit Tom. Il avait engagé Helen à cette occasion. C’était à elle qu’il devait d’être accepté par le petit Tom qui ne voulait pas, au début, partager sa « maman Rosetta ». La famille s’était ensuite agrandie avec la naissance de Tyrone IV, celle de Dallas et maintenant une petite fille, Clementine.

Laissant entre eux les autres invités, le petit groupe de Ravenswood Manor se réunit dans un petit salon. Ils n’avaient jamais réellement parlé de leur aventure après leur retour à Los Angeles. Ils ne comprenaient pas ce qui était arrivé. Comment avaient-ils pu être découverts évanouis devant le saloon sans être morts de froid, cela seul aurait mérité explication. Ils avaient des manteaux, certes, mais Clark par exemple ne portait qu’un pyjama en dessous. Ils ne comprenaient pas.
- J’ai rêvé que j’étais Blanche-Neige, Tyrone, le Prince et Rita, la Reine cette nuit-là, dit Rosetta.
Clementine dormait paisiblement dans son berceau. Ses frères dans leurs lits.
- Ah oui, la Reine, c’est moi ! Mais je ne suis pas une vieille sorcière ! Tyrone, elle m’insulte ! Le bac à fleurs m’insulte !
- Et que sont devenus les pellicules ? intervint Clark.
Il parvint à détourner l’attention de Rita que Tyrone essayait de calmer, assis entre ses deux femmes.
- Elles sont archivées dans un coffre de la Fox avec le scrïpt original. Henry King l’a dit à Tyrone. N’est-ce pas, mon chéri ?
- Ne m’appelle pas « mon chéri » quand il y a Rosie, s’il te plait.
Et Tyrone se mit à embrasser Rosetta sous ses yeux.

Clark demanda ensuite à Tyrone qui était réellement Bill Leota tandis que Glenn calmait son amie.
- Bill Leota ? On ne sait pas, juste que c’est quelqu’un qui est mort depuis longtemps. On pense que c’était le fils de la diseuse de bonne aventure et qu’elle l’a peut-être eu de Mr Ravenswood. Enfin c’est ce qu’on pense Ava, Henry et moi.
Les deux intéressés approuvèrent d’un signe de tête.
- J’ai essayé de vendre notre aventure à Orson pour qu’il en fasse un film ! reprit Tyrone.
- Aah, et alors ? Il a dû refuser, il ne m’en a jamais parlée !

Rita venait de rebondir dans la conversation comme un serpent sortant de sa boîte.
- Alors, Rita, il a jugé notre histoire trop simpliste et n’a jamais voulu en faire quoi que ce soit, même pas un court métrage.
- Mais à moi tu n’as jamais dit que tu avais eu ce projet !
- Je l’aurais dit si Orson avait accepté.

Tyrone avait eu cette idée sur le tournage de « The Black Rose ». Il voyait en Orson la personne idéale pour conter cette histoire d’acteurs qui se retrouvent dans un manoir hanté. Il y aurait eu une histoire dans l’histoire, un concept dans le concept, un microcosme dans un macrocosme. « Bloody Rose », bien sûr, aurait servi de toile de fond et il aurait fallu l’accord de Henry King. Cela aurait pu s’appeler « Making Bloody Rose », ainsi les images filmées par le cinéaste à Thunder Mesa auraient pu être présentées au public et Orson aurait ensuite bifurqué sur son propre métrage : les acteurs de « Bloody Rose » pris eux-mêmes dans leur fiction dans une réalité fantasmagorique. Un film dans le film, où serait le vrai, où serait le faux, le public aurait dû trancher . Tyrone trouvait son idée remarquable, mais pas Orson, contrarié par la présence de Rita dans le projet « Bloody Rose », n’ayant aucune envie de diriger Tyrone avec elle dans un film et encore moins de filmer son ex femme d’une manière aussi ridicule qu’avec un chapeau de pluie jaune sur une robe de mariée victorienne. Il avait dit non, et sa décision était définitive.
- Il a ajouté que ses idées de films il les trouvait lui-même, conclue Tyrone.
En s’excusant, Rosetta se leva. On venait de lui annoncer l’arrivée tardive de Don Ameche. Elle alla l’accueillir, en bonne maîtresse de maison, et lui montrer sa fille endormie. Tyrone la rejoignit peu après. Henry, Ava, Clark, Glenn et Rita changèrent de conversation puis se mêlèrent aux autres invités.

Il n’y aurait donc plus de « Bloody Rose », plus de Ravenswood Manor… pour quelques décennies. Avant qu’un autre génie lui rende hommage. Son nom, Walter Elias Disney.

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Ven 23 Déc - 23:12

Chapitre XXXI


Avril 1992.

Les visiteurs se pressaient en masse pour découvrir le tout nouveau parc Disney. Implanté en France, près de Marne-la-Vallée, à une trentaine de kilomètres de Paris, Eurodisney était ouvert depuis quelques jours. La magie Disney était enfin disponible en Europe sous sa forme la plus accomplie pour des milliers, des millions de visiteurs qui n’avaient jamais pu se rendre en Californie au Disneyland d’Anaheim, en Floride au Walt Disney World d’Orlando ou à Dizneyland Tokyo, premier parc situé hors du territoire américain. Chacun de ses parcs était cependant différent, avait son identité propre, mais aucun ne l’était autant qu’Eurodisney qui avait intégré des légendes et folklores européens tant dans ses décors que dans ses attractions.

Rosetta serrait la main de Glenn dans la sienne comme ils entraient dans le parc, comme pour s’assurer que tout ce qu’elle voyait était bien réel. Comme ils avançaient dans Main Street USA, reconstitution de l’une des rues de la ville natale de Walt Disney, les souvenirs la submergeaient et la renvoyaient quarante-deux ans en arrière. Ce jour de Janvier 1950, lorsque la voiture de son mari était tombée en panne et qu’il avait fallu passer la nuit dans une petite ville inconnue. Les « Main Street Motors » étaient là, Discovery Arcade, le Gibson Girl Ice Cream Parlour, la confiserie, la pension de famille où elle avait dormi, l’établissement où elle avait déjeuné, le barbier !
- Il y a même le Casey Corner, au bout de Liberty Arcade ! Nous n’y étions pas allés mais je sais que leur spécialité était les hotdogs. Pauvre Orson, s’il était encore parmi nous, il… Il parait qu’il pouvait en manger dix-huit à la suite malgré les recommandations de son médecin qui lui disait de ne pas manger comme quatre à moins qu’il y ait trois autres personnes.
Glenn écoutait, ému. Rosetta avait les larmes aux yeux. Elle ne pouvait s’empêcher de parler de tous ceux qui n’étaient plus là.
- Je suis heureuse que tu sois là avec nous, Glenn. Je n’aurais pas pu revoir Ravenswood Manor sans toi. Je voudrais qu’ils soient tous là, mais…
Il lui sourit et serra sa main à son tour. Il considéra son amie, toute vêtue de noir.
- Tu as toujours tenu ta promesse, dit-il simplement.
Rosetta était veuve depuis trente-trois et cinq mois. En Novembre 1958, à Madrid, sur le tournage de « Solomon & Sheba », Tyrone avait été terrassé par une attaque cardiaque à l’âge de quarante-quatre ans. Il avait eu quelques alertes dont il n’avait pas tenu compte. Il avait fallu l’annoncer à une Rosetta hagarde qui serrait contre son cœur son dernier enfant, un petit garçon de quelques mois.
- Oui… Ce jour-là, j’ai fait le serment de toujours porter du noir. Ce n’est pas seulement le deuil. Il aimait cette couleur, il voulait toujours que j’en porte lorsqu’il m’emmenait au restaurant ou au cinéma.

Glenn et Rosetta laissèrent Main Street USA et se dirigèrent vers Frontierland, le monde du western que l’acteur connaissait bien. Tout était là une fois de plus. La cité minière baptisée Thunder Mesa, le Lucky Nuggett, le Silverspur Steakhouse, le Fuente del Oro. Les boutiques. La montagne ocre, transformée en attraction où des wagonnets dévalaient ses pentes à toute allure. Seul chose étrange, un bateau à aube se promenant sur le lac. Le manoir, lui, était là, dressant son ombre comme autrefois sur son promontoire. Fidèlement reconstitué. Rosetta en fut bouleversée. Elle avait le souffle coupé. Il en était de même pour Glenn.
- Il est là…
- A côté de Paris comme il était là-bas dans nos souvenirs…
Les visiteurs du parc passaient à côté d’eux sans se retourner, allant faire un tour dans ce qui était devenu une attraction. Rosetta et Glenn avaient beau attendre, ils resteraient seuls. Personne ne pouvait les rejoindre. Personne ayant pénétré Ravenswood Manor quarante-deux ans auparavant Petit à petit, leurs compagnons s’étaient éteints. Tyrone le premier, puis Clark jusqu’à Ava deux ans auparavant. Elle suivait les avancées des travaux, elle avait vu les premières photos des maquettes de ce qu’il fallait appeler maintenant « Phantom Manor » et devait rejoindre Glenn et Rosetta lorsque le parc ouvrirait ses portes, mais une pneumonie l’avait emportée à Londres en 1990.
- Elle ne viendra pas. Ils ne viendront plus, dit doucement Rosetta d’une petite voix triste.
Glenn la prit dans ses bras comme elle fondait en larmes.
- Allons attendre les enfants dans l’une des boutiques. Ils ne devraient plus tarder.
Il parvint à l’entraîner chez « Tobias Norton & sons ». Rosetta y vit, parmi quantité de marchandises dont des serre-têtes à oreilles de Mickey, des petites poupées indiennes.
- Je ne vois pas de poupée mariée, cela me rassure. Mais ces petites indiennes… Tyrone en a acheté une à Thunder Mesa. Je lui ai dit que je n’avais pas de petite fille et il a répondu « Pas encore ». Lorsque nous sommes arrivés à Los Angeles, il m’a été impossible de retrouver cette poupée dans nos bagages. C’est comme si elle n’avait jamais existé. J’aurais presque peur de toucher celles-ci et de me retrouver dans la quatrième dimension !
Les enfants les rejoignirent enfin. Enfants et petits-enfants. Peter, le fils que Glenn avait eu de son mariage avec Eleanor Powell, sa femme et leurs enfants. Les quatre fils et les deux filles de Rosetta et de Tyrone, leur conjoint respectif et leurs propres enfants. Tout ce petit monde se dirigea vers la butte de « Phantom Manor ».

En 1955, Walt Disney avait inauguré à Anaheim, en Californie, son premier parc d’attractions, Disneyland. Tyrone y avait emmené sa femme et leurs enfants. Rosetta venait de donner naissance à sa seconde fille, une petite Rosetta. Helen l’avait promenée tandis que Mr et Mrs Power faisaient l’attraction de « Haunted Mansion ». Ils furent frappés en voyant des tableaux se dérouler bien que différents de ceux qu’ils avaient vu à Ravenswood Manor, une tête dans une boule de cristal, une salle de bal identique cette fois à celle qu’ils connaissaient, une mariée enfin. Tyrone contacta Walt Disney pour en savoir plus. Il lui raconta en détail leur aventure de Thunder Mesa si jamais il ouvrait un autre parc. Rosetta avait parlé du pendu qu’elle avait cru voir afin qu’il soit ajouté. Henry King alla même chercher le scrïpt original, l’étrange manuscrit de « Bloody Rose », endormi depuis cinq ans dans les archives de la Fox. D’autres parcs furent ouverts après le décès de Tyrone. La promesse que Walt Disney lui avait faite fut tenue par son frère, Roy Disney. « Bloody Rose » était considérée comme un concept européen. Ce n’était pas des fantômes pour faire rire, c’était toute une atmosphère romantique, gothique et victorienne. Ravenswood Manor ne pouvait donc voir le jour que dans un parc européen. Rebaptisée « Phantom Manor », l’attraction fut la dernière supervisée par Walt Disney avant de décéder. Lorsque Eurodisney ouvrit enfin, lorsque la promesse fut tenue, il n’y avait plus que Rosetta et Glenn pour juger du résultat.

La façade du manoir était bien la même. Ni plantation du Sud comme à Anaheim, ni manoir flamand comme en Floride et à Tokyo. C’était Ravenswood Manor. On vit entrer, serrant toujours la main de Glenn, une petite grand-mère tout en noir prénommée Rosetta, en larmes. Les employés chargés de faire peur aux gens à leur entrée dans le manoir la regardaient sans comprendre. Ils avaient l’impression de voir entrer un cortège funèbre. Glenn pleurait aussi, transporté par l’émotion. Il ne pouvait entrer dans l’attraction qu’un nombre limité de personnes. Les enfants et petits-enfants remplirent le foyer de sorte qu’il ne se trouvait aucun autre visiteur avec eux. La porte se referma. Une voix venue de nulle part prononça alors ces mots que Clark avait dit autrefois pour s’amuser à imiter Orson :

« Vous, vous qui avez osé troubler la sérénité de ces lieux... Aurez-vous le courage de franchir la porte de cette maison... ?

On dit que « Phantom Manor » est réellement hanté...

FIN.

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Mer 28 Déc - 16:53

BRAVO, très belle histoire !! cheers

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose", hommage à Phantom Manor   Jeu 29 Déc - 22:02

Merci, Benjicool ! cheers

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